Marie Marvingt, la fiancée du danger

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À Nancy, le nom de Marie Marvingt incarne l’une des figures féminines les plus extraordinaires du XXᵉ siècle. Sportive hors norme, pionnière des airs, engagée au service des blessés, elle traverse son époque comme une exception vivante. Longtemps méconnue en France, elle fut pourtant l’une des femmes les plus courageuses et les plus décorées de son temps, prouvant que l’exploit pouvait être à la fois un acte de liberté et de soin.

Marie Marvingt dans une course de ski dames au Lioran en 1911.

Née en 1875 à Aurillac, Marie Marvingt ne se contente pas d’être une sportive accomplie : elle devient un phénomène. À une époque où les femmes sont largement exclues de la compétition, elle pratique et maîtrise des disciplines réputées extrêmes : natation de longue distance, cyclisme d’endurance, alpinisme, ski, tir. Elle ne choisit pas, elle cumule. Dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale, elle domine les sports d’hiver à Chamonix. Entre 1908 et 1910, elle s’impose dans une multitude d’épreuves — ski, patinage artistique, patinage de vitesse, concours de saut, gymkhana sur glace — et remporte plus de vingt médailles d’or. En janvier 1910, elle entre encore un peu plus dans l’histoire en remportant la première grande compétition féminine de bobsleigh. Cette accumulation d’exploits révèle une athlète totale, capable d’exceller aussi bien dans la vitesse que dans la précision, l’équilibre ou l’endurance. Lorsque l’Académie des sports lui décerne sa grande médaille d’or en 1910, elle ne distingue pas une championne parmi d’autres, mais une sportive sans équivalent, qui redéfinit silencieusement ce qu’une femme peut accomplir.

Départ de Marie Marvingt au Grand prix de l'Aéro Club de France le 26 juin 1910. 

Son rapport au dépassement trouve dans les airs une dimension encore plus radicale. En 1909, Marie Marvingt devient la première femme à piloter un ballon au-dessus de la mer du Nord et de la Manche, cap vers l’Angleterre, affrontant seule le froid, les vents et l’incertitude de la dérive maritime. Très vite, elle passe du ballon à l’avion, à une époque où voler reste une entreprise périlleuse. Elle obtient son brevet de pilote et devient la troisième femme au monde à y parvenir. Elle va plus loin encore : elle est la seule femme à posséder le brevet du monoplan Antoinette et à avoir piloté seule cet appareil réputé instable. Elle établit également le premier record féminin de durée de vol. Les accidents se multiplient, parfois spectaculaires, les blessures sont bien réelles. Elle s’en relève pourtant à chaque fois, au point que la presse lui donne un surnom devenu légendaire : la “fiancée du danger”. Chez Marie Marvingt, voler n’est ni un jeu ni une posture : c’est une confrontation lucide avec le risque.

Marie Marvingt équipée en "poilu", dans les tranchées lors de la Première Guerre mondiale. 

Mais c’est dans la guerre que son caractère se révèle avec le plus de force. Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, elle veut s’engager dans l’aviation militaire française. Elle insiste, argumente, rappelle que d’autres armées acceptent déjà les femmes. Face au silence de l’administration, elle agit. Elle participe à deux bombardements aériens au-dessus de la base de Metz-Frescaty, remplaçant un pilote blessé. Ces missions lui valent la croix de guerre 1914-1918, sans pour autant lui ouvrir les portes des corps aériens. Refusée comme pilote, elle s’engage autrement. Grâce à ses études de médecine, elle devient infirmière-major à Nancy, assiste un chirurgien réputé et témoigne dans la presse des bombardements qui frappent la ville. Après plus de deux années à l’arrière, elle repart au front. Pour y parvenir, elle se déguise en homme et s’engage sous un nom d’emprunt au sein d’un bataillon de chasseurs à pied. Pendant quarante-sept jours, elle combat en première ligne avant que son identité ne soit découverte. Écartée une nouvelle fois, elle est néanmoins autorisée par le maréchal Foch à rejoindre le front italien comme infirmière et correspondante de guerre. Dans les Dolomites, elle évacue les blessés à skis, en terrain hostile.

Carte postale illustrant le concept d'avion-ambulance signée de Marie Marvingt. 

De cette expérience naît une conviction définitive : l’aviation doit servir à sauver. Marie Marvingt consacre alors son énergie à faire reconnaître et structurer l’aviation sanitaire, convaincue que le progrès technique n’a de sens que s’il protège les vies. Elle imagine des avions adaptés au transport des blessés, défend ce principe auprès des milieux médicaux, militaires et politiques, multiplie conférences, démonstrations et projets. En 1929, elle fonde une organisation entièrement dédiée à cette cause, posant les bases d’une pratique appelée à devenir essentielle dans les conflits modernes comme dans le secours civil.
Les honneurs viendront tard, en 1945, peut-être trop tard. Marie Marvingt s’éteint en 1963 dans une grande précarité, après avoir consacré les dernières années de sa vie à soigner les plus pauvres. Une fin modeste, à l’image d’une femme exceptionnelle qui, malgré les exploits et les distinctions, choisit jusqu’au bout l’humilité et mit sa vie au service de celle des autres, et des femmes en particulier.

Crédit photo de couverture / Source : Wikimedia / Marie Marvingt à skis aux alentours de Chamonix en 1913.


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