Cherbourg, la traversée de la Manche en ballon
J9PG+J6 Cherbourg-en-Cotentin Manche
EN RÉSUMÉ
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Dans la nuit du 29 au 30 juillet 1886, depuis la place Divette à Cherbourg, deux aéronautes français s’élèvent dans l’obscurité à bord d’un ballon expérimental. Leur destination n’est ni un champ voisin ni une prouesse sportive anodine, mais Londres. Cette traversée nocturne de la Manche, discrète et tendue, révèle une autre facette de l’aérostation : celle de la stratégie et de l’anticipation militaire.
À la fin du XIXᵉ siècle, l’aérostation n’est plus seulement un spectacle. François L’Hoste et Joseph Mangot, formés et passionnés, s’inscrivent dans cette nouvelle ère où le ballon devient outil d’observation et d’expérimentation. Mangot, nourri dès l’enfance par les récits liés aux ballons, conçoit un projet précis : réaliser une traversée de la Manche depuis Cherbourg, point stratégique face à l’Angleterre. Pour cela, il fait construire un ballon d’expériences baptisé Le Torpilleur, capable d’affronter la mer et les vents nocturnes.
François L'hoste
Peu avant minuit, profitant d’un léger vent de sud-est, les deux hommes décollent de la place Divette. Le ballon survole la rade de Cherbourg avant de s’engager au-dessus de la Manche. À bord, 1 000 m³ de gaz, une voile triangulaire, une hélice sous la nacelle et un dispositif de flottabilité garni de liège rendent l’ensemble théoriquement insubmersible. Durant près de sept heures, le ballon progresse dans le silence de la nuit. À l’aube, à 6 h 15, les aéronautes atterrissent à Londres, accueillis avec curiosité et bienveillance, après avoir symboliquement largué des « torpilles » fictives en liège.
Joseph Mangot
Cette traversée n’a jamais été pensée comme un record. Elle s’inscrit dans une réflexion stratégique sur les usages futurs de l’aéronautique. Une plaque commémorative, longtemps visible rue Vastel, a rappelé cet exploit discret. Aujourd’hui encore, la bibliothèque Jacques-Prévert de Cherbourg conserve la mémoire de cet épisode, témoignage d’un moment où le ciel devenait un nouveau champ d’expérimentation. Moins d’un an plus tard, L’Hoste et Mangot disparaissent en mer, en novembre 1887, à bord de l’Arago, laissant derrière eux l’ombre d’un exploit à la fois audacieux et précurseur.
Crédit photo de couverture / Source : Ystory - Image générée par intelligence artificielle à partir de documents d’archives et de sources historiques fiables, afin de proposer une restitution visuelle plausible de l’événement.