La grotte de Lascaux, à la découverte de l'art originel

Av. de Lascaux Montignac-Lascaux Dordogne

materialicons-round-820 Voir le trajet

La grotte de Lascaux, à la fin de l'été 1940, demeurait inconnue aux habitants du paisible village de Montignac, qui ne pouvaient imaginer qu'une découverte archéologique majeure allait bouleverser leur histoire et leur conférer une renommée internationale. Marcel Ravidat, Georges Agniel, Simon Coencas et Jacques Marsal, quatre adolescents de la région, partent en quête d'un souterrain légendaire censé conduire au coffre-fort des comtes du Périgord.

“En levant la petite lumière, on s'est aperçu que le plafond était recouvert de peinture rouge noire et jaune sur un fond blanc. Imaginez quelle pouvait être l'aventure pour ces quatre garçons, le jour de cette découverte” Jacques Marsal, codécouvreur de la grotte de Lascaux

Le jour de chance de 4 ados

 

Lors d'une chaude matinée d'été, le chien de Marcel Ravidat découvre une cavité dissimulée dans le sol. Munis d'un simple couteau et d'une lampe pigeon, les adolescents explorent la grotte en espérant y trouver le trésor mythique. Ils progressent dans la galerie sans trouver trace de richesse ni danger apparent, mais leurs lampes révèlent soudain d'immenses peintures sur les parois. Les garçons comprennent immédiatement la portée de leur découverte.

Devant eux se dressent des chevaux, des bisons, des taureaux et des fauves, constituant l'une des plus importantes grottes ornées du Paléolithique supérieur. Les pigments, vieux de 18 000 ans, sont extrêmement bien conservés et témoignent d'une richesse artistique exceptionnelle. Dès lors, les "quatre découvreurs" entrent dans la légende de la grotte de Lascaux, qui deviendra un véritable trésor du patrimoine mondial.

Lascaux avant la découverte de la grotte

Avant que la grotte de Lascaux ne soit découverte, Lascaux (également appelé « Las Coutz », « La Coux ») était le nom d'une seigneurie dont la présence remonte au début du XVe siècle. Ce domaine noble comprenait un logis seigneurial, une métairie, un moulin, un colombier, des terres en labour, des vignes et la colline renfermant la grotte. Une description de 1667 révèle le paysage de la colline, constitué de vignes, de taillis, de châtaigniers, de genévriers et de bruyères. Le domaine noble changea plusieurs fois de propriétaires, passant de la famille de Lascaux à celle du Cheylard, Puisaux de Reilhac, aux Labrousse de Lascaux, et enfin aux La Rochefoucauld-Montbel, propriétaires au moment de la découverte de la grotte.

Découverte de la grotte de Lascaux

 

Première exploration de la grotte de Lascaux

Le 8 septembre 1940, Marcel Ravidat découvre l'entrée de la grotte lors d'une promenade sur la commune de Montignac en Dordogne. Son chien Robòt poursuit un lapin qui se réfugie dans un trou situé à l'endroit où un arbre avait été déraciné. Un orifice d'environ 20 cm de diamètre s'ouvre au fond de ce trou, impossible à explorer sans désobstruction. En jetant des pierres pour tenter de faire sortir le lapin, Marcel Ravidat constate que le trou communique avec une vaste cavité. Pensant qu'il s'agit de la sortie d'un souterrain du château de Lascaux, situé à 500 mètres, il décide d'en savoir plus.

Découverte des premières peintures

Le 12 septembre 1940, Marcel Ravidat revient sur les lieux avec du matériel rudimentaire (lampe à huile, coutelas) pour éclairer et élargir l'orifice. Il est accompagné de Georges Agniel, Simon Coencas et Jacques Marsal. Les jeunes gens pénètrent pour la première fois dans la grotte et découvrent les premières peintures. Après des visites quotidiennes et une première exploration du Puits, Jacques Marsal révèle leur découverte à ses parents, qui s'étonnent de le voir revenir couvert de poussière.

La Chapelle Sixtine de la Préhistoire

 

Maurice Thaon, un ami de M. Laval, vérifia les dires des jeunes et rapporta ses croquis à l'abbé Henri Breuil, un célèbre préhistorien spécialisé dans l'art paléolithique. Ce dernier, émerveillé par la découverte, la qualifia de "Chapelle Sixtine de la Préhistoire". L'abbé Breuil établit une nomenclature rapide des 120 peintures présentes dans la grotte, parmi lesquelles des ours, des lions et des bisons, mais ni rennes ni mammouths.

Validation par les spécialistes

Le 16 septembre, les parents de Jacques Marsal informent Léon Laval, leur ancien instituteur à la retraite. D'abord sceptique, Léon Laval envoie un de ses anciens élèves, George Estreguil, réaliser des dessins de la grotte. Convaincu par ces croquis, Léon Laval informe Maurice Thaon, qui réside dans un hôtel à Montignac. Ce dernier descend dans la cavité, prend des croquis d'animaux et part en Corrèze pour rencontrer le préhistorien Henri Breuil, réfugié dans la région pour échapper à l'occupant. Maurice Thaon relate la découverte à Henri Breuil et lui présente les croquis.

À l’époque, l'abbé Breuil, est considéré comme un spécialiste de la préhistoire. De ce fait, le 21 septembre 1940, il devient officiellement le premier expert à visiter Lascaux. Il est accompagné du chanoine Jean Bouyssonie et du docteur André Cheynier. Peu après, d'autres préhistoriens tels que Denis Peyrony et Henri Begouën suivent et confirment l'importance de cette découverte pour l'histoire de l'art préhistorique et la connaissance des premiers Hommes. Devant l’importance de la découverte, la grotte de Lascaux est classée monument historique le 27 décembre de la même année.

Description de la grotte de Lascaux

La grotte de Lascaux, bien que petite, avec une longueur totale de 235 mètres et un dénivelé d'environ 30 mètres, abrite un réseau supérieur décoré, tandis que le réseau inférieur est difficilement accessible en raison de la présence de dioxyde de carbone. L'entrée actuelle est similaire à l'entrée préhistorique, bien qu'elle ait été aménagée et équipée d'un système de sas. L'entrée d'origine se trouvait un peu plus loin, mais son plafond s'est effondré anciennement, créant le talus par lequel les inventeurs ont accédé à la grotte.

Les zones de la grotte

La grotte est traditionnellement divisée en plusieurs zones, qui correspondent à des salles ou des couloirs. Les noms imagés de ces zones, qui font souvent référence à l'architecture religieuse, ont été attribués en partie par Henri Breuil. Parmi ces zones, on trouve la salle des Taureaux, le Diverticule axial, le Passage, la Nef, le Diverticule des Félins, l'Abside et le Puits.

Les œuvres d'art de la grotte de Lascaux

 

L'accès aux parois élevées où se trouvent certaines œuvres d'art pose des questions sur les techniques utilisées par les artistes préhistoriques. Des solutions telles que l'escalade, l'utilisation d'échafaudages ou de mâts de perroquet sont possibles, mais rares. Souvent, les artistes s'adaptaient aux conditions naturelles et formelles du support en utilisant des techniques telles que le soufflé, le tamponnage ou l'utilisation de touffes de poils ou de fibres végétales.

Les différentes représentations

Chaque zone de la grotte abrite des œuvres d'art uniques et souvent spectaculaires. La salle des Taureaux présente des peintures de grande taille, tandis que le Diverticule axial montre des bovinés, des chevaux, des cerfs et des bouquetins. Le Passage est décoré, bien que fortement dégradé, et la Nef présente quatre groupes de figures accompagnées de signes géométriques énigmatiques. Le Diverticule des Félins est difficile d'accès, mais contient des gravures de fauves et d'autres animaux associés à des signes. L'Abside comprend plus de mille gravures, et le Puits abrite la scène la plus énigmatique de Lascaux, avec un homme ithyphallique, un bison éventré, un rhinocéros et un cheval.

Selon André Leroi-Gourhan, la scène du Puits renvoie probablement à un épisode mythologique dont la signification est difficile à établir.

Coup de projecteur sur la scène du puits

Dans ce qui est aujourd'hui appelé le puits, une scène particulière retint l'attention de l'abbé Breuil et ses compagnons : un homme gisant renversé près d'un bison éventré, comme s'il y avait eu un combat entre les deux. Un oiseau observait la scène, tandis qu'un rhinocéros semblait s'éloigner. Il est possible que cela représente une chasse.

Les préhistoriens remarquèrent également des modifications et des superpositions de traits et de couleurs sur certaines œuvres, comme si les artistes avaient hésité ou corrigé leur travail. En explorant davantage la grotte, ils découvrirent des lampes, des sagaies, des éléments de parures, des restes d'échafaudages, des colorants et des pierres ayant servi à graver les scènes dans la roche.

La grotte de Lascaux : vingt mille ans d'histoire

[caption id="attachment_15331" align="aligncenter" width="1899"] Gravures du Diverticule des félins dans la grotte de Lascaux, relevé réalisé par André Glory entre 1952 et 1963.[/caption]

La grotte de Lascaux classée monument historique

Après la Seconde Guerre mondiale, la grotte de Lascaux est ouverte au public. Initialement datées entre -24 000 ans et -19 000 ans, les peintures de Lascaux sont ensuite repositionnées au Magdalénien ancien, soit entre -15 000 et -13 500 ans, grâce à la méthode de datation au Carbone 14. Ce faisant, les merveilles de Lascaux rajeunissent de près de 10 000 ans.

Un succès qui menace la grotte

La célébrité de la grotte de Lascaux attire un grand nombre de visiteurs, et les dégradations causées par la fréquentation touristique deviennent préoccupantes. Des champignons apparaissent sur les œuvres, et en 1963, la grotte est fermée au public pour préserver son intégrité. Seuls quelques spécialistes peuvent encore la visiter.

Les répliques de Lascaux pour préserver l'art pariétal

Afin de permettre au public de continuer à admirer les œuvres de Lascaux, plusieurs répliques sont réalisées. Lascaux 2, ouvert en 1983, est une reproduction partielle de la grotte originale, et Lascaux 3 est un modèle en kit itinérant créé en 2012. Cependant, les spécialistes plaident pour une réplique complète sur le site historique.

Lascaux 4, une réussite totale

 

En 2016, Lascaux 4 ouvre ses portes à 900 mètres de la grotte d'origine. Ce complexe, qui a coûté 57 millions d'euros, est une reconstitution fidèle de l'ensemble de la caverne. La modélisation en 3D permet de reproduire le volume au millimètre près. Les répliques des chefs-d'œuvre de l'art préhistorique sont réalisées par 34 peintres-copistes qui travaillent pendant des mois à l'aide d'outils modernes et paléolithiques.

Les mystères de Lascaux demeurent

Malgré ces avancées, la grotte originale de Lascaux conserve encore ses secrets. Les animaux peints semblent mélangés, mais une organisation sous-jacente est probable. Les lieux sont remplis de mémoire, et il est essentiel de savoir lire cette mémoire. La grotte reste fragile, et les attaques de champignons ne sont pas entièrement écartées. Toutefois, les chercheurs continuent d'étudier Lascaux pour percer les mystères de cet héritage artistique exceptionnel.

Un témoignage exceptionnel de l'art préhistorique

 

La grotte de Lascaux est un véritable trésor de l'art préhistorique, offrant un aperçu fascinant de la créativité et de l'ingéniosité des artistes de l'époque. Les nombreuses peintures et gravures qui ornent les parois de cette grotte témoignent de l'habileté des artistes à s'adapter aux contraintes naturelles et à utiliser diverses techniques pour immortaliser leur vision du monde.

Malgré les questions qui subsistent sur les méthodes utilisées pour accéder aux parois élevées et sur la signification précise des scènes représentées, la grotte de Lascaux demeure un exemple exceptionnel de l'expression artistique de nos lointains ancêtres. Les efforts de préservation et d'étude de ce site unique contribuent à la compréhension de l'histoire de l'humanité et offrent un témoignage inestimable du patrimoine culturel et artistique de l'époque paléolithique.