La cathédrale de Reims, la sacrée histoire de Notre-Dame

Pl. du Cardinal Luçon Reims Marne

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La cathédrale Notre-Dame de Reims, véritable écrin d'histoire niché au cœur de la Marne, nous dévoile ses secrets et ses trésors d'architecture. Depuis le XIe siècle, ce lieu emblématique est le témoin des sacres des rois de France, qui, couronnés sous l'égide de la Vierge Marie, prêtaient serment à leur nation.

Au fil du temps, cet édifice gothique s'est élevé, surpassant en grandeur ses sœurs de Paris et Chartres, tout en précédant celles de Strasbourg, Amiens et Beauvais. Mais la cathédrale de Reims a également connu les affres de la destruction lors de la Première Guerre mondiale, où un incendie provoqué par les bombardements allemands a failli la réduire en cendres.

Ce monument, riche de 2 303 statues qui en ornent la façade, est une prouesse architecturale, saluée par l'UNESCO qui l'a inscrite au patrimoine mondial depuis 1991. Haut lieu du tourisme champenois, elle attire chaque année des visiteurs venus du monde entier, désireux de fouler les pavés de cette cathédrale, où l'histoire se mêle à la spiritualité et où chaque pierre raconte un chapitre de notre passé.

Les premières cathédrales rémoises

La première cathédrale de Reims et le baptême de Clovis

[caption id="attachment_15304" align="aligncenter" width="802"] Le Baptême de Clovis (toile, vers 1500) du Maître de Saint Gilles, National Gallery of Art de Washington.[/caption]

Selon Flodoard, historien médiéval, c'est Nicaise, évêque de Reims, qui fonde la première cathédrale rémoise au début du Ve siècle. Érigée sur d'anciens thermes gallo-romains, elle se situe non loin de la basilique des Saints-Apôtres. C'est devant la porte de cette première cathédrale, dédiée à la Vierge Marie, que Nicaise aurait été décapité par les Vandales en 407 ou par les Huns en 451. Le baptême de Clovis, premier roi des Francs, par l'évêque Remi de Reims, aurait eu lieu en ces lieux un 25 décembre, entre 496 et 499.

La cathédrale au temps d'Hincmar

[caption id="attachment_15305" align="aligncenter" width="562"] Représentation d'Hincmar sur un vitrail de la basilique Saint-Remi de Reims.[/caption]

En 816, Louis le Pieux est le premier monarque français couronné à Reims, par le pape Étienne IV. La cérémonie révèle le mauvais état de l'édifice, qui devient siège d'un archevêché. Au cours des années suivantes, l'archevêque Ebbon fait reconstruire en grande partie la cathédrale sous la direction de l'architecte impérial Rumaud. L'archevêque Hincmar parachève les travaux, ornant l'intérieur du bâtiment de dorures, mosaïques, peintures, sculptures et tapisseries. Cette seconde cathédrale, longue de 86 mètres et dotée de deux transepts, est consacrée le 18 octobre 862.

Le renouveau de la cathédrale carolingienne

[caption id="attachment_15308" align="aligncenter" width="1340"] Adalbéron couronnant le roi Hugues Capet.[/caption]

Sous l'évêque Adalbéron, la cathédrale carolingienne est agrandie et embellie à partir de 976. L'historien Richer décrit en détail les travaux effectués par l'archevêque, notamment la décoration de l'autel principal, l'ajout de fenêtres et de cloches. Au milieu du XIIe siècle, l'archevêque Samson fait démolir la façade et sa tour pour ériger une nouvelle façade encadrée de deux tours, probablement inspirée de la basilique Saint-Denis.

Le mélange des styles et l'influence de saint Bruno

[caption id="attachment_15307" align="aligncenter" width="706"] Tableau de Nicolas Mignard, Saint Bruno en prières (1638), musée Calvet.[/caption]

À la fin du XIe siècle, la nef et le transept de la cathédrale sont de style carolingien, tandis que le chevet en construction et la façade sont du premier art gothique. Le futur saint Bruno, fondateur de l'ordre des Chartreux, y fut chanoine puis maître de l'enseignement, témoignant de l'importance spirituelle et intellectuelle de la cathédrale durant cette période.

La construction de la cathédrale actuelle

[caption id="attachment_15312" align="aligncenter" width="800"] Cathédrale de Reims par Domenico Quaglio. A droite de l'édifice on peut voir l'entrée du Palais de Tau.[/caption]

Les débuts du chantier

La cathédrale actuelle de Reims, témoin majestueux de l'art gothique, trouve ses origines au début du XIIIe siècle. La construction de cet édifice, qui succède aux précédentes cathédrales carolingiennes et romanes, est le fruit d'une volonté de renouvellement architectural et d'affirmation du prestige de la ville de Reims, alors lieu de sacre des rois de France.

L'incendie de 1210 et la naissance d'un projet ambitieux

Un incendie dévastateur en 1210 détruit une grande partie de l'ancienne cathédrale. Cet événement tragique offre néanmoins l'opportunité de concevoir un nouvel édifice, à la mesure de l'importance de Reims dans le royaume de France. Les maîtres d'œuvre de l'époque se lancent alors dans un projet ambitieux, s'inspirant des cathédrales de Chartres et de Paris, tout en les surpassant par sa taille et sa splendeur.

Un chantier titanesque

La construction de la nouvelle cathédrale débute en 1211 et se poursuit pendant plusieurs décennies, mobilisant d'innombrables artisans, tailleurs de pierre, sculpteurs et verriers. Malgré les défis techniques et financiers, l'édifice prend forme et témoigne de l'extraordinaire savoir-faire de ses bâtisseurs. La cathédrale Notre-Dame de Reims est finalement achevée au XIVe siècle, après plus d'un siècle de travaux.

L'architecture et la statuaire

[caption id="attachment_15313" align="aligncenter" width="565"] Statue de "L'ange au sourire"[/caption]

La cathédrale actuelle, consacrée à la Vierge Marie, se distingue par sa remarquable architecture gothique et sa riche statuaire. Pas moins de 2 303 statues ornent ses façades et ses chapiteaux, parmi lesquelles la célèbre galerie des Rois et l'Ange au Sourire. L'édifice est également doté de superbes vitraux, dont certains datent du XIIIe siècle, qui confère à l'intérieur une lumière unique et enchanteresse.

Lieu de sacre des rois de France

Une tradition royale établie à Reims

La cathédrale de Reims, en plus de sa splendeur architecturale, est intimement liée à l'histoire de la royauté française. En effet, elle fut le lieu de sacre de la quasi-totalité des rois de France à partir d'Henri Ier en 1027, grâce au prestige de la Sainte Ampoule et à la puissance politique des archevêques de Reims. La cathédrale a ainsi accueilli les cérémonies de couronnement des souverains capétiens, à l'exception notable de sept d'entre eux, tels qu’Hugues Capet, Robert II, Louis VI, Jean Ier, Henri IV, Louis XVIII et Louis-Philippe Ier.

Le sacre, un événement marquant

[caption id="attachment_15306" align="aligncenter" width="791"] Sacre à la cathédrale de Reims de Charles VII.[/caption]

Chaque sacre à Reims revêtait une importance particulière, comme celui de Louis IX en 1226, alors que la cathédrale actuelle était encore en construction. Toutefois, c'est le sacre de Charles VII en 1429 qui a marqué les esprits, inversant le cours de la guerre de Cent Ans grâce à la ténacité de Jeanne d'Arc. Une statue de l'héroïne trône d'ailleurs sur le parvis de la cathédrale en hommage à son rôle déterminant dans cette période historique.

La galerie des Rois et la glorification de la royauté

[caption id="attachment_15310" align="aligncenter" width="1440"] La galerie des rois avec au centre le baptême de Clovis.[/caption]

La cathédrale de Reims célèbre et immortalise la royauté française à travers la magnifique galerie des Rois, située sur sa façade. Composée de 56 statues mesurant 4,5 mètres de hauteur, elle met en scène le roi Clovis, entouré de sa femme Clotilde et de l'évêque Remi. Cette représentation symbolise le lien étroit entre la monarchie et la cathédrale, et rappelle l'importance du sacre dans la légitimation du pouvoir royal.

La cathédrale de la révolution à la restauration

Une cathédrale épargnée par la Révolution

Malgré son rôle central dans la cérémonie du sacre des rois de France, la cathédrale de Reims n'a pas subi les mêmes destructions que d'autres cathédrales, comme celle de Chartres, pendant la Révolution française. Certes, quelques statues ont été brisées et des portails arrachés, mais la cathédrale a échappé à une démolition totale. Temporairement transformée en magasin à fourrage, la menace de sa destruction fut rapidement écartée.

Les restaurations d'Eugène Viollet-le-Duc

[caption id="attachment_15314" align="aligncenter" width="566"] L'architecte Français Eugène Viollet-le-Duc (1814-1879), Portrait de Nadar.[/caption]

Au milieu du XIXe siècle, l'architecte Eugène Viollet-le-Duc a dirigé les travaux de restauration de la cathédrale de Reims. Cette restauration, couplée à la réconciliation franco-allemande symboliquement officialisée sous ses voûtes en 1962 par Charles de Gaulle et Konrad Adenauer, a permis de préserver l'édifice pour les générations futures.

La cathédrale de Reims, martyre de la Grande Guerre

La cathédrale de Reims, témoin de l'histoire et des couronnements des rois de France, porte également les stigmates des terribles bombardements subis lors de la Première Guerre mondiale. Revenons sur ces événements tragiques qui ont marqué l'édifice et sa reconstruction.

Un spectacle de désolation

[caption id="attachment_15309" align="aligncenter" width="1782"] Bombardement de la cathédrale de Reims en 1914.[/caption]

En septembre 1914, la guerre a débuté depuis un mois et l'avancée allemande est fulgurante. Le 4 septembre, les soldats allemands entrent dans Reims et y installent un hôpital provisoire dans la nef de la cathédrale. Une semaine plus tard, la première bataille de la Marne repousse les Allemands hors de la ville. La ligne de front se fige à quelques kilomètres de Reims, et l'artillerie allemande va s'acharner sur la ville et sa cathédrale.

Le 19 septembre 1914, un obus touche l'échafaudage en bois de la tour nord de la cathédrale, qui prend feu. Les flammes se propagent rapidement à l'intérieur, dévastant l'édifice. Le lendemain, les murs et les voûtes noircis témoignent de la violence de l'incendie.

La cathédrale martyre

[caption id="attachment_15311" align="aligncenter" width="1414"] La cathédrale de Reims sans toiture et en partie détruite en 1916.[/caption]

La destruction de la cathédrale suscite l'indignation dans le monde entier. L'écrivain Paul Claudel évoque une "cathédrale martyre, assassinée par les Allemands en haine de la foi". Si certains estiment que les Allemands ont délibérément visé la cathédrale, d'autres avancent que les bombardements étaient destinés aux manufactures textiles voisines. Quoi qu'il en soit, le bombardement de la cathédrale est désastreux pour l'image de l'Allemagne, considérée comme barbare. Les ruines de Notre-Dame de Reims sont largement exploitées par la propagande française.

Une longue reconstruction

  La volonté de reconstruire la cathédrale se manifeste dès 1915, avec un consensus entre l'évêque de Reims et le maire de la ville. Nommé architecte en chef de la cathédrale, Henri Deneux met en place des mesures de protection des vestiges et lance les travaux de reconstruction en 1919. Pour cela Deneux s'inspire d'un ingénieux système inventé par l'architecte Philibert Delorme au XVIème siècle. Ainsi la charpente de chêne, détruite, est remplacée par une structure moderne. Celle-ci est plus légère et ininflammable, est constituée de petits éléments préfabriqués en béton armé. Ces nouveaux éléments sont reliés par des clavettes en chêne afin de garantir la souplesse de l'ensemble. De plus le faible encombrement a permis de donner lieu à un vaste espace, qui forme une véritable nef, au-dessus du voûtement. La cathédrale n'est rendue au culte qu'en 1938, notamment grâce au financement de la Fondation Rockefeller.

Symbole de réconciliation

 

Le 7 mai 1945, la capitulation de l'armée allemande est signée à Reims, et le 8 juillet 1962, la cathédrale martyre devient un symbole de paix lorsque le général de Gaulle et le chancelier Konrad Adenauer y scellent la réconciliation franco-allemande. Depuis lors, des travaux de restauration ont été menés pour redonner de la lisibilité aux statues et à l'ensemble de l'édifice, un chantier qui se poursuivra encore pendant plusieurs décennies.

La cathédrale Notre Dame de Reims en chiffres

La cathédrale de Reims, chef-d'œuvre de l'art gothique, impressionne par ses dimensions et ses caractéristiques architecturales. Découvrons ensemble quelques chiffres clés qui témoignent de la grandeur de cet édifice historique.

Dimensions et comparaisons

[caption id="attachment_15316" align="aligncenter" width="507"] Plan de la cathédrale de Reims[/caption]

- Longueur totale hors œuvre : 149,17 m (contre 130 m pour Notre-Dame de Paris et 145 m pour Notre-Dame d'Amiens)

- Longueur intérieure : 138 m - Hauteur de la nef : 38 m (33 m à Paris, 42 m à Notre-Dame d'Amiens et 48 m à Saint-Pierre de Beauvais)

- Hauteur des collatéraux de la nef : 16,5 m

- Largeur de la nef : 14,65 m (15,25 m pour Saint-Étienne de Sens et 12 m pour Notre-Dame de Paris)

- Longueur du transept : 61 m

- Largeur du transept : 30,70 m

- Hauteur des deux tours de façade : 81,50 m (69 m à Paris) (88 m à Sainte-Croix d'Orléans)

- Hauteur du clocher (tour à l'Ange) : 87 m

- Largeur de la façade occidentale : 48,80 m (61,60 m à Notre-Dame de Rouen)

- Surface du bâtiment : 6 650 mètres carrés

Les rosaces

[caption id="attachment_15315" align="aligncenter" width="1063"] Petite rosace du portail central. Photo : Mbzt Source Wikipedia[/caption]

- Diamètre de la rosace ouest : 12,5 m (13,1 m pour les deux rosaces du transept de Notre-Dame de Paris)

- Diamètre de la rosace nord : 9,65 m

- Diamètre de la rosace sud : 9,65 m

Description

 

La hauteur de la nef sous voûte de la cathédrale de Reims, soit 38 mètres, est certes inférieure à celle de Notre-Dame d'Amiens (42,30 m) et de Saint-Pierre de Beauvais (46,77 m), mais la relative étroitesse de la nef accentue l'impression de hauteur. Depuis l'extérieur, l'impression est, comme pour toutes les églises gothiques, celle d'un grand élan vers le ciel. Les deux tours occidentales, dépourvues de flèches, culminent tout de même à près de 82 mètres de hauteur. Le point le plus élevé est l'ange du clocher situé au-dessus de l'abside, à 87 mètres de hauteur. L'orientation de la cathédrale suit un axe sud-ouest - nord-est, dans l'axe du solstice d'été.

La résilience d'un monument historique

  En définitive, l'histoire de la cathédrale de Reims est marquée par des périodes de gloire et des moments tragiques. Endommagée et meurtrie par les bombardements de la Première Guerre mondiale, la cathédrale a su se relever grâce à la détermination de ceux qui ont œuvré pour sa reconstruction. Elle est désormais un symbole de résilience et de réconciliation entre les peuples. Au fil des décennies, les efforts de restauration ont permis de redonner vie à cet édifice majestueux, témoin du passé et de l'histoire de la France. La cathédrale de Reims continue d'inspirer les générations actuelles et futures, rappelant les leçons du passé et l'importance de préserver notre patrimoine culturel et historique.