Finale de la coupe du monde 1998, la France décroche sa bonne étoile

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La Finale de la coupe du monde 1998, sacre la France championne du monde de football pour la première fois de son histoire. Ce couronnement a lieu ici, à Saint-Denis, au Stade de France le 12 juillet 1998. En effet ce jour-là, l'équipe de France de Football rentre dans l'histoire grâce a sa victoire éclatante, 3 buts à 0 contre le Brésil. Cette finale qui s'est jouée devant 80000 spectateurs, est marquée par un doublé de Zinedine Zidane et un but d'Emmanuel Petit. Une victoire qui couronne un parcours remarquable des Bleus d'Aimé Jacquet dans la compétition. Ainsi le pays organisateur, la France, devient champion du monde en battant le Brésil, le champion en titre. Malgré l'absence de Laurent Blanc, véritable pièce maîtresse de l'effectif qui est suspendu pour le dernier match, l'équipe de France n'a semblé jamais douter de sa force. Dès le coup de sifflet final, c'est un peuple tout entier qui exulte. Il en est de même pour les journalistes qui se laissent gagner par l'euphorie ambiante.

« Deux buts de Zidane, un but de Petit, je crois qu'après avoir vu ça, on peut mourir tranquille. Enfin, le plus tard possible, mais on peut. Ah c'est super. Quel pied, ah quel pied ! Oh putain ! Olalala ! » Quelques secondes après le coup de sifflet final, le journaliste sportif et commentateur Thierry Roland exprime sa joie, en lâchant cette phrase qui restera dans les annales.

La France à la conquête d'une victoire historique

Avant la finale de la coupe du monde 1998

Malgré les critiques sur l'animation offensive et le style de jeu rigide, la France se fraye un chemin jusqu'en finale en ne concédant que deux buts en six rencontres. La suspension de Laurent Blanc, remplacé poste pour poste par Frank Lebœuf, n'a pas freiné les Bleus dans leur quête de gloire.

L'avant-match : tension, anticipation et préparation

La pression monte chez les bleus

 

Les heures précédant le match de football historique entre la France et le Brésil lors du Mondial 1998 sont empreintes de tension, d'anticipation et de préparation. Joueurs, entraîneurs et journalistes ressentent la pression de cet événement majeur, certains ayant du mal à dormir, d'autres étant anxieux ou excités. Le matin du dimanche 12 juillet 1998, Aimé Jacquet, le sélectionneur des Bleus, organise un "petit entraînement d'éveil" pour son équipe, tandis que le gardien de but Fabien Barthez évoque une atmosphère de sérénité lors d'un "mini-décrassage".

Parmi les acteurs de l'époque, Stéphane Meunier, réalisateur du documentaire "Les Yeux dans les Bleus", ressent le trac malgré son expérience, tandis que Lilian Thuram, défenseur de l'équipe, mélange sérénité et grande motivation. À l'heure du déjeuner, l'absence de Laurent Blanc, suspendu pour la finale, est sur toutes les lèvres. Frank Leboeuf, son remplaçant, avoue ressentir une énorme pression.

Une préparation méticuleuse

 

Les joueurs se préparent avec sérieux, suivant un menu spécialement élaboré pour l'occasion et se reposent avant le match. Marie-George Buffet, ministre des Sports de l'époque, souligne l'importance de cet événement pour l'image de la France et sa capacité à organiser un tel événement.

En fin d'après-midi, la pression monte chez les supporters autour du Stade de France, où la famille Djorkaeff vient encourager Youri Djorkaeff. Les stadiers, dont Maxime Dupuis, journaliste devenu stadier pour l'occasion, prennent position au stade pour assurer la sécurité du public et le bon déroulement de l'événement. Pendant ce temps, du côté brésilien, des événements sont en train de se dérouler, qui influenceront le dénouement de cette finale historique.

L'effervescence avant le match : entre incertitude et confiance

 

Les heures précédant le match France-Brésil au Mondial 1998 sont rythmées par l'incertitude et la confiance. À 18h, le car transportant les 22 joueurs français quitte Clairefontaine pour rejoindre le Stade de France, sous les acclamations d'une foule en liesse. Stéphane Meunier, réalisateur du documentaire Les Yeux dans les Bleus, se souvient de l'enthousiasme incroyable des supporters, qui font déjà de la France la grande gagnante.

Pendant ce temps, une question brûle toutes les lèvres : Ronaldo, la star brésilienne, jouera-t-il ? Les médias reçoivent la feuille de match sans le nom du prodige de 21 ans, semant le doute et l'agitation. Les rumeurs courent sur les raisons de son absence, et l'on apprend qu'une ambulance est arrivée au centre d'entraînement des Brésiliens dans l'après-midi. Ronaldo aurait fait un malaise, mais il est finalement de retour au stade une heure avant le match. Sonny Anderson, ex-joueur brésilien, exprime alors l'espoir de voir son équipe remporter la Coupe du monde.

La feuille de match

[caption id="attachment_15277" align="aligncenter" width="534"]Les équipes alignées par les 2 sélections pour jouer la finale de la coupe du monde 1998. Les équipes alignées par les 2 sélections pour jouer la finale de la coupe du monde 1998.[/caption]

Les Bleus, confiants avant le coup d'envoi

 

Les joueurs français, quant à eux, affichent une confiance à toute épreuve. Lilian Thuram se souvient de son arrivée au Stade de France : "C'est impossible qu'on perde". Dans le tunnel menant au terrain, les Bleus observent un Ronaldo pâle et sentent que la victoire est à portée de main. Denis Djorkaeff, frère de Youri Djorkaeff, partage cette impression depuis les tribunes : "Quand ils se serrent pendant la Marseillaise… Dès que ça a commencé, on les a sentis bien."

Malgré les pronostics du matin, la finale prend une tournure inattendue, offrant aux supporters français un match à sens unique.

La finale de la coupe du monde 1998 : France - Brésil

Et 1 !

 

 

Le coup d'envoi est donné et les Français prennent rapidement le contrôle du milieu de terrain. Les premières occasions arrivent vite, notamment une frappe non cadrée de Stéphane Guivarc'h à la 3e minute. Malgré quelques opportunités pour le Brésil, les Bleus ouvrent le score à la 27e minute grâce à une tête piquée de Zinédine Zidane sur un corner tiré par Emmanuel Petit.

Et 2 !

 

Avant la fin de la première mi-temps, Zidane récidive sur un autre corner, cette fois tiré par Youri Djorkaeff, et inscrit le deuxième but pour la France. Les Brésiliens, sonnés, voient leurs espoirs s'amenuiser avec la montée en puissance des Bleus. Zinedine Zidane se rappelle rétrospectivement les paroles d'Aimé Jacquet :

"Je vous garantis qu'il y a des possibilités sur les coups de pied arrêtés de faire quelque chose. Il fallait y aller avec détermination car les Brésiliens n'étaient pas très hauts. C'est ce que j'ai fait. Et je marque."

Seconde mi-temps : Les ajustements tactiques d'Aimé Jacquet

 

En seconde période, le sélectionneur brésilien tente de renforcer son attaque en faisant entrer Denilson à la place de Léonardo. Malgré quelques occasions, dont une frappe de Ronaldo stoppée par Fabien Barthez, les Brésiliens n'arrivent pas à marquer. La certitude gagne alors le camp français, et l'ancien joueur brésilien Sonny Anderson se souvient :

"À la mi-temps, on voyait que la France gérait parfaitement la tactique, et le physique."

Marcel Desailly Out

 

L'exclusion de Marcel Desailly à la 67e minute ne change pas la donne. Aimé Jacquet réorganise son équipe en faisant entrer Patrick Vieira et en déplaçant Emmanuel Petit en arrière central. En supériorité numérique, les Brésiliens multiplient les offensives sans parvenir à tromper la défense française. Fabien Barthez, le gardien de but français, se souvient :

"Je me suis dit : je vais me régaler. Il est à toi ce match, tu ne prends plus de but, c'est fini. Tu fermes."

 

Et 3-0 !

 

Dans les dernières minutes de la rencontre, Emmanuel Petit clôture le score en inscrivant le troisième but français sur une contre-attaque fulgurante. Les Bleus deviennent champions du monde pour la première fois de leur histoire, provoquant une liesse nationale et marquant à jamais le football français.

La France décroche le graal

 

Portée par les 80 000 spectateurs du Stade de France, l'équipe dispute le match le plus abouti de sa compétition. Aimé Jacquet se souvient :

"On est extrêmement conquérants. On avait décidé de jouer un peu loin de nos bases défensives pour ne pas se retrouver avec Ronaldo dans les 20 derniers mètres nous percuter. On les a obligés à jouer très défensivement."

La victoire entraîne une euphorie partagée et un soulagement pour tous les acteurs de cet événement. Marie-George Buffet, alors ministre des Sports, exprime sa joie et son soulagement :

"Dès que ça siffle la fin du match, je me suis retirée. Je suis allée à l'arrière de la tribune présidentielle parce que tout était réussi. L'équipe de France était championne du monde, mais l'événement était fini, il se terminait dans de bonnes conditions. Je suis revenue ensuite mais j'avais besoin de souffler. De me dire : C’est fait !"

En ce jour mémorable, les Français ont vécu un moment d'union et de fierté, saluant la performance de leur équipe et la stratégie d'Aimé Jacquet, qui restera dans les annales du sport. Ce triomphe efface les critiques des débuts et ouvre la voie à des scènes de liesse dans toute la France, faisant de cette nuit de gloire un souvenir inoubliable pour tous.

L'après-match : des héros au zénith, une nation en liesse

  Lorsque l'arbitre siffle la fin du match et que la victoire inattendue et historique des Bleus (3-0) contre le Brésil est scellée, une euphorie contagieuse s'empare de la France entière. La joie explose dans les rues, et une foule en délire célèbre ses héros qui décrochent leur première étoile. Ce moment sacré restera gravé à jamais dans les mémoires, avec des sourires et des rires à n'en plus finir. Aux alentours de 23 heures, Didier Deschamps, le capitaine de l'équipe de France, soulève le trophée tant convoité. La marche suprême est enfin atteinte pour le football français. Les heures qui suivent sont marquées par l'exaltation et des scènes inoubliables.

Les joueurs touchent les étoiles

  Les Bleus tiennent la Coupe du monde entre leurs mains, portés par les cris de joie et les klaxons des supporters. Fabien Barthez, le gardien de but de l'équipe, se souvient encore aujourd'hui de l'intensité de l'émotion ressentie à ce moment-là : "Le coup de sifflet final, ça m'a fait un truc, vraiment...comme dans les films où le mec pense dans son coin et voit toute sa vie défiler. Ça m'a fait exactement ça. Sauf que c'était la réalité ! En termes d'émotions, le plus fort a été la naissance de mes enfants, mais juste après, je n'ai jamais vécu ça...et je ne l'ai jamais revécu derrière. Et c'est d'ailleurs la seule fois où j'ai pleuré sur un terrain. Une émotion que je n'ai pas pu contrôler." Pendant ce temps, pour d'autres, la pression retombe.

Le journal "L'Équipe" face à la victoire et à Aimé Jacquet

  En quittant tardivement le Stade de France, Vincent Duluc, journaliste à L'Équipe, parle de "chaos magnifique". Il ajoute :
"En quittant le Stade de France vers 1h, j’ai plutôt envie d’aller au journal pour voir si tout le monde va bien car je sais qu’on va avoir des jours difficiles. L’absence de culture sportive en France fait qu’on est à un moment de notre histoire où le vainqueur a forcément raison et où on n’a pas le droit d’avoir un jugement esthétique sur le foot. Des choses qu’on a écrites les années précédentes vont nous revenir parce que la personnalité d’Aimé Jacquet est d’être rancunier. L’origine de sa blessure est le lien qu’il avait avec ce journal en tant que joueur puis acteur du foot."
Aimé Jacquet, le sélectionneur des Bleus, ne pardonnera pas les critiques proférées avant la compétition. Il l'exprime clairement le soir même de la victoire : "Je ne pardonnerai jamais". Son courroux est en particulier dirigé contre L'Équipe.

Une France unie et en fête

  Les Français envahissent les rues pour célébrer les Bleus. Maxime Dupuis, stadier au Stade de France, se rappelle les scènes surréalistes de cette soirée :
"J'ai souvenir d'une moto, d'un flic qui avait derrière lui un supporter avec un drapeau : il n'y a plus de repères, c'est complètement surréaliste, la retenue habituelle saute, les vannes ont sauté ce soir-là."

Une marée humaine déferle sur Paris, avec un million et demi de personnes rassemblées sur les Champs-Élysées. La fête nationale prend de l'avance, deux jours avant le 14 juillet officiel. Sur la célèbre avenue, la foule scande "Merci Zizou". Des scènes de liesse populaire, jamais vues depuis des décennies, raconte Thierry Dochler, maître de cérémonie au Stade de France :

"J'ai un souvenir inoubliable de mon arrivée à moto dans les rues de Paris quand j'ai quitté le Stade de Francee ; une personne du troisième âge qui était à un feu rouge. Elle m'a pris dans les bras. J'ai soulevé ma visière et elle m'a dit : ça me rappelle la Libération de Paris !" Tout le monde s'embrassait.

Quand Marie-George Buffet, se rappelle la finale de la coupe du monde 1998, l'ancienne ministre des Sports, se souvient de la jubilation des Français et de leur désir de partager ensemble cette victoire :

"Les gens ne sont pas restés devant leur télé, ils sont descendus. Vous traversiez des rues où les gens étaient devant leur immeuble, devant leur maison, ils avaient les drapeaux, ils voulaient être ensemble. Oui il y a eu les Champs-Élysées, c'est l'image qui reste ; mais ce n'est pas que ça. C'est dans des rues, dans la banlieue, des gens qui descendaient parce qu'ils ne voulaient pas rester tout seuls à fêter ça. Ils avaient envie de partager ça avec leurs voisins."

La finale de la coupe du monde 1998, une France black-blanc-beur

 

La réussite d'une équipe cosmopolite est également célébrée, symbole d'une France "black-blanc-beur" vantée ensuite sur un plan plus politique, rappelle Marie-George Buffet :

"C'est ce soir-là et dans les jours qui ont suivi qu'on a mesuré l'effet qu'a eu cette victoire de l'équipe de France au niveau de nos concitoyens et concitoyennes. Alors après on a rêvé, on s'est raconté des histoires avec l'idée de la France black-blanc-beur. Mais qu'on ait rêvé quelques jours, c'était pas trop grave, ça faisait du bien. Ne faisons pas l'impasse sur ce bonheur partagé par toute une partie de notre peuple ce soir-là. Il ne faut pas regarder ça avec dédain, c'est un moment fort. Même si ça n'a rien réglé dans la vie quotidienne des gens, c'est quand même un moment fort."

 
 
Photo couverture :Par Darthvadrouw — Stade de france from spectator point of view, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=74523996