Le château de Chambord, le rêve d'un Roi devenu réalité

Château Chambord Loir-et-Cher

materialicons-round-820 Voir le trajet

Le château de Chambord c'est l'histoire d'un pavillon de chasse qui se métamorphose, pour devenir le plus grand des châteaux de la Loire.

" À trop se soucier de l’achèvement des choses, on n’entreprend jamais rien." François Ier au démarrage de la construction du château de Chambord.

Le 6 septembre 1519 François Ier donne commission à François de Pontbriand, son chambellan, d'ordonner toutes les dépenses qu'il y aurait à faire pour la construction du château. Dès lors s'ouvre sur le site de Chambord, le chantier d'une immense création architecturale. À l’origine le château de Chambord n'est pas prévu pour servir de résidence permanente. En fait François Ier veut un nouveau château de chasse, qui doit servir d'annexe au château de Blois. D'ailleurs le roi n'habitera que 42 jours à Chambord pendant ses 32 ans de règne. Le château de Chambord avec son architecture atypique regorge de surprises. Ainsi ceux qui ont la chance de découvrir son domaine vont y voir certainement bien plus qu'un château. En effet c'est en s’imprégnant de son histoire que l'on peut vraiment se rendre compte, qu'un rêve de roi s'est transformé en réalité.

Les origines du Château de Chambord

[caption id="attachment_13573" align="aligncenter" width="800"]

Château de Chambord: hypothèse de restitution du plan originel du donjon.. Auteur : D. Hofbauer/ www.chambord-archeo.com[/caption] Déjà au Xeme siècle Chambord accueille un petit château fort. À l'époque le domaine appartient aux comtes de Blois. La maison passe ensuite aux mains des Ducs d'Orléans avant de devenir la propriété de la couronne de France. À ce moment-là le petit château fort sert déjà de lieu de villégiature et de chasse. Lorsque François Ier accède au pouvoir, il veut une cour qui rivalise avec celle d'Italie. Pour cela le jeune Roi veut que son règne soit porteur d'un développement artistique et intellectuel. Mais il souhaite également révolutionner les pratiques militaires, politiques et aussi, architecturales. De ce fait il met en place des stratégies autour de nombreux projets pour avancer dans cette voie. Parmi eux figure la construction du château de Chambord, qui doit devenir le premier de ses bâtiments royaux. Le site est choisi en partie parce que le roi est passionné par la chasse. De ce fait l'endroit est idéal puisque les forêts de la vallée de la Loire sont riches en gibier. À l’origine François Ier y fait construire un pavillon de chasse. Cependant le père de la renaissance française sait déjà, qu'il veut en faire le plus beau des palais. Ce qu'il ignore c'est qu'il ne verra jamais son rêve terminé.

Un château taille XXL

[caption id="attachment_13574" align="aligncenter" width="988"] Vue aérienne du château de Chambord depuis le plein Est. Crédit wikipédia/édité par Atoma et Sir Gawain[/caption]

Ainsi c'est en 1519 que François Ier, âgé de 25 ans, entreprend la construction du château de Chambord. Au fil du temps le projet prend de plus en plus d'ampleur et va mobiliser jusqu’à 1800 hommes pour sa construction. D'abord destiné à la chasse le château de Chambord est entouré du plus grand parc forestier clos d'Europe. En effet un mur de plus de 30 km cerne la réserve naturelle, qui regorge de cerfs et de sangliers. La taille du château est en moyenne six fois plus importante que les autres châteaux de la région. À l’intérieur du vaste édifice on peut compter 426 pièces, 282 cheminées et 77 escaliers.

Le château de Chambord et la chasse

François Ier meurt en 1547. Le roi a finalement passé très peu de temps à Chambord. Au total 72 nuits en 32 ans de règne. Sur son domaine il a l'habitude de disparaître en forêt pour y chasser en compagnie d'un petit groupe d'intimes. Le parc de chasse de Chambord est à la base du projet royal de François Ier. L'idée du Roi est de constituer un enclos boisé; destiné à la fois à la chasse et à la conservation du gibier. Par ailleurs ce type de parc existe dans la plupart des grands châteaux des XVe et XVIe siècles. Son originalité vient de ces dimensions inhabituelles et par la position centrale du château au milieu du domaine.. De plus ce parc est le plus grand parc clos existant en France. Le château dispose d'un toit terrasse. De là l'endroit offre une vue imprenable sur les chasses en cours sur le domaine. Aussi puisque la visibilité pour chasser est meilleure après la chute des feuilles, le château de Chambord est surtout un palais d’hiver. La chasse est une tradition qui a perduré longtemps sur les terres du château. En effet Les chasses présidentielles n'ont été abandonnées qu'en 2007 par le président Sarkozy. Ces chasses sont remplacées par des battues de régulation ou des captures pour d'autres sites. Cependant la tradition demeure au deuxième étage du château, avec le musée de la chasse et de la nature. Les 50 km² du parc de chasse de Chambord sont classés monuments historiques. De plus c'est le seul domaine royal encore intact depuis sa création.

Chambord, trésor d'architecture

[caption id="attachment_13577" align="aligncenter" width="1280"] Vue des toits et des cheminées du château de Chambord.[/caption]

Conçu sur un modèle médiéval des châteaux forts avec son enceinte et ses grosses tours d'angle, il est nettement inspiré par le style gothique. Un style que l'on retrouve sur l'ornementation des parties hautes comme sur les cheminées et les tourelles d'escalier. Sa forme originelle consiste en un donjon en forme de croix grecque, avec quatre tours et deux ailes entourées d'écuries. L'édifice a des dimensions hors normes. Pour preuve le bâtiment compte 156 mètres de façade, 56 mètres de hauteur et un donjon de 44 mètres. Mais ce château possède surtout une silhouette très spécifique, qui en fait l'un des chefs-d'œuvre architecturaux de la Renaissance. Le plan du château repose sur un corps central parfaitement carré en croix grecque. D'ailleurs il prend en partie modèle sur plusieurs églises italiennes, dont la nouvelle basilique Saint-Pierre de Rome. À l’origine Le corps central est conçu pour être le bâtiment unique du château. Souvent appelé le "donjon", il n'a pourtant jamais été pensé pour servir de défense. François Ier remanie assez vite le plan du château de Chambord en y ajoutant deux ailes et une enceinte. Pour y parvenir le jeune monarque prend comme modèle des châteaux forts du Moyen Âge.

[caption id="attachment_13621" align="aligncenter" width="618"] Plan du château paru dans le Dictionnaire raisonné de l'architecture française du xie au xvie siècle d'Eugène Viollet-le-Duc (1856).[/caption]

La particularité du château est l'orientation rigoureuse des diagonales de son donjon. En effet celles-ci suivent les axes nord sud et est ouest. Ainsi ses tours marquent exactement les quatre points cardinaux. Ce donjon quadrangulaire avec quatre tours d'angle circulaires est le dernier château royal à adopter cette disposition.

Un chef-d’œuvre sans architecte

[caption id="attachment_13625" align="aligncenter" width="1361"] La Mort de Léonard de Vinci par Dominique Ingres, montrant Léonard mourant dans les bras de François Ier, événement contesté par les historiens.[/caption]

Si on sait que le projet initial a été remanié notamment par l'ajout d'ailes au donjon, on ignore toujours qui sont les architectes de ce château. En effet il ne reste aucun document qui mentionne le ou les noms des concepteurs de joyau architectural. La seule véritable certitude est que François Ier  en personne a travaillé sur les plans du bâtiment. Pourtant il est probable que Chambord soit sorti en partie de l'imagination féconde de Léonard de Vinci. Car même si le maître Italien est mort en 1519, quelques mois avant le début du chantier, il travaillait à l'époque comme architecte de la cour de François Ier. En effet des chercheurs ont retrouvé des dessins de Leonard de Vinci, qui laissent penser qu'il est à l'origine de certaines parties du château. C'est le cas notamment pour les escaliers à double hélice ou les structures en croix grecque. Ces deux éléments sont caractéristiques du château de Chambord. Il est aussi probable que Dominique de Cortone, l'assistant de Vinci, ait participé au projet initial. Sa présence s'illustre par la conception d'une maquette en bois datant de 1517 ; Celle-ci sera retrouvée à Blois par l'architecte de Louis XIV, Félibie.

Le château de Chambord, un chantier colossal

[caption id="attachment_13622" align="aligncenter" width="857"] Portrait de François Ier, réalisé par Jean Clouet vers 1525.[/caption]

Le chantier du château de Chambord est l'un des plus importants de la Renaissance. C'est aussi un des plus difficile. En effet le château est édifié sur une zone marécageuse qui véhicule à cette époque de nombreux virus. Ainsi beaucoup d'ouvriers vont mourir après avoir connu des épisodes de fortes fièvres. De plus le terrain oblige les ouvriers à enfoncer des pieux profondément dans le sol afin qu'ils servent de fondation à l'édifice. De ce fait ils doivent enfoncer les pilotis de chêne jusqu’à 13m de profondeur. La base doit être solide pour supporter les 220 000 tonnes de pierres que nécessite la construction. Des tonnes de pierre de tuffeau qui doivent être transportées en chariots depuis le port de Saint-Dyé. Sur le chantier les tailleurs de pierre comme les autres ouvriers n'ont pas de salaire fixe. Ils sont payés à la tâche et son appelé "les tâcherons". De ce fait une fois la pierre déchargée, chaque tailleur grave sa marque dans la pierre qu'il travaille. Celle-ci sert de signature, qui permet au trésorier du chantier d'évaluer la quantité de travail effectué par l'artisan pour définir son salaire. À l'origine François Ier souhaite détourner le cours de la Loire vers le château de Chambord. Mais le projet se révèle pharaonique et les ingénieurs du Roi vont le modifier. Ainsi c'est le Cosson qui va être détourné de son lit par un canal qui va venir alimenter les douves de Chambord.

La Salamandre, l’emblème de Chambord

[caption id="attachment_13624" align="aligncenter" width="1440"]

La salamandre de François Ier avec son nœud à double boucle (cordelière en huit symbolisant la concorde) et son mot : " Nutrisco et extinguo" au Château d'Azay-le-Rideau.[/caption]

La salamandre va connaître un succès sans précédent sous François Ier. D'ailleurs le jeune Roi l'adopte comme emblème avant même d’accéder au trône. En général la Salamandre de François Ier est accompagnée de la devise :

"Nutrisco et extinguo"

qui veut dire

"je nourris le bon feu et j'éteins le mauvais"

Cette formule emblématique se retrouve partout dans le décor des palais de François Ier. À Chambord, la salamandre est le symbole royal le plus présent, loin devant les lys et les couronnes. Elle est largement associée à l'hermine, animal qui représente Claude de France, épouse de François Ier, reine de France et duchesse souveraine de Bretagne.

Le Roi est mort, vive le Roi

[caption id="attachment_13732" align="aligncenter" width="462"] Le roi Henri II, deuxième fils de François Ier. Portrait de François Clouet 1559.[/caption]

Malgré la mort de François Ier, les travaux continuent à Chambord. Son fils Henry II fait reprendre les travaux d'une aile de la chapelle. Cependant la mort prématurée d'Henry II pendant un tournoi en 1559, ne va pas contribuer à l'achèvement du château. En effet le Roi Louis XIII et son frère ne poursuivront pas l'œuvre entreprit par François Ier. Pour cela il faut attendre l'avènement de Louis XIV qui comprend l'importance symbolique que représente Chambord. Pour lui cet édifice représente une manifestation du pouvoir royal, qui est gravée dans la pierre et dans le temps. Louis XIV confie les travaux à l'architecte Jules Hardouin-Mansart. C'est lui qui va entre 1680 et 1686, achever l'aile ouest, la toiture de la chapelle, ainsi que l'enceinte basse. Louis XIV fait neuf séjours au château, le premier en 1650 et le dernier en 1685. Parfois le Roi se rend à Chambord accompagné par la troupe de Molière. Pour lui elle y joue deux comédies ballets sur de la musique composée par Lully. Le théâtre à sa place aussi, puisque Molière va pouvoir y faire représenter Monsieur de Pourceaugnac et Le Bourgeois gentilhomme. Parfois Louis XIV réside à Chambord en galante compagnie, comme par exemple avec Madame de Maintenon en 1685. Cependant les séjours du Roi et de la cour se font de plus en plus rares; depuis que le pouvoir royal s'est installé au château de Versailles. Enfin c'est aussi sous Louis XIV que vont être créés un parterre devant la façade nord, ainsi que l'achèvement du canal du Cosson.

Des marécages aux jardins de Chambord 

[caption id="attachment_13730" align="aligncenter" width="1920"] Vue sur les jardins et l'avenue du roi depuis le 1er étage du château de Chambord. Photo : Livith/Wikipedia[/caption]

À l’origine le château de Chambord ne possède pas de jardins. D'abord parce que le château est entouré de marécage, et aussi parce que François Ier concentre ses efforts sur l'architecture du château. Ce n'est que sous le règne de Louis XIV que naissent les premiers projets de création d'un jardin à la française. Le Roi confie cette réalisation à l'architecte français Jules Hardouin-Mansart, qui va en esquisser les premiers plans dans les années 1680. Les premiers travaux commencent en 1684 avec le remblaiement des terres aux abords du château. Mansart les fait élever à un niveau peu ou pas inondable, et fait construire des murs de soutènement pour maintenir cette terrasse artificielle. Il fait également dévier le cours du Cosson, via un canal qui doit suivre les contours du parterre artificiel. Toutefois ces travaux pharaoniques  vont rapidement s'interrompre pour ne reprendre que vers l'année 1730. À cette époque c'est le contrôleur des Bâtiments du roi, La Hitte, qui coordonne la reprise des travaux commencés en 1684. Pour cela il fait construire des ponts, dont celui qui permet de rejoindre le parterre depuis le château. Il fait également élever des digues ainsi que les murs de la terrasse artificielle. Les ouvriers ajoutent de la terre sur la terrasse afin d'atteindre la hauteur des murs, pendant que d'autres élargissent le lit du Cosson pour l'élargir et former un canal. De plus c'est sous la direction du jardinier Jean-Baptiste Pattard que s'effectuent les premières plantations d'un jardin dit "à la française". Ainsi des marronniers, des buis et des orangers apparaissent au bord des allées du parc du château de Chambord.

Des jardins à l'abandon

Les superbes jardins de Chambord vont petit à petit être délaissés à partir de la Révolution., les jardins sont peu entretenus. On peut voir sur un document qui date de 1817 que les jardins sont peu entretenus. En effet celui-ci fait état d'arbres et d'arbustes non taillés ou des plates-bandes laissées en friche. On peut même y lire qu'une partie des douves a été asséchée, pour être transformée en jardin potager. Différents projets de réaménagement sont mis à l'étude au cours du 19eme et 20eme siècle, mais tous sont tout ou partie abandonnés.

On a retrouvé les jardins de Chambord

[caption id="attachment_13736" align="aligncenter" width="1181"] Estampe de Jacques Rigaud représentant les jardins à la française du château de Chambord devant sa façade Nord (1748)[/caption]

En 1990, le Centre des monuments nationaux autorise des élèves paysagistes de l’École de Versailles à fouiller les parterres de la grande terrasse. Ses recherches ont pour but de retrouver la disposition du jardin au XVIIIe siècle. Ainsi ces étudiants vont croiser des données scientifiques provenant d'archives, de plans anciens, de gravures et de recherches archéologiques. Le résultat des recherches permet de connaître exactement la configuration du jardin figurant sur les plans du XVIIIe siècle. Les travaux sont financés en grande partie grâce à du mécénat privé. De là Il faut un peu plus de sept mois de travaux pour reconstituer à l'identique, les jardins "à la française" du château de Chambord. Aujourd'hui ces jardins comptent 600 arbres, 800 arbustes et plus de 200 rosiers. Enfin ce sont aussi plus de 15 000 plantes qui délimitent les bordures et les 19 000 m2 de pelouses.