Le château de Chenonceau, une histoire au féminin

Chenonceaux Indre-et-Loire Centre-Val de Loire

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Le château de Chenonceau est surnommé le "Château des dames". Ce terme rend hommage aux femmes qui l'ont habité, entretenu et protégé pendant 400 ans. Le domaine de Chenonceau est mentionné pour la première fois dans un écrit du XIe siècle. Mais c'est entre 1514 et 1522 que le château est construit sur les fondations d'un ancien moulin. Son architecture est un savant mélange de styles, qui va du gothique tardif au début Renaissance. Après Versailles, ce château est le plus visité de France.

« Son charme presque discret est celui d’une demeure privée, et le hasard a voulu que ce fût surtout une demeure de femmes ». Marguerite Yourcenar

Tour du propriétaire de château de Chenonceau

La famille Marques

L'histoire de ce château démarre au 13ème siècle. À cette époque le fief de Chenonceau appartient à Jean Marques. Ce dernier qui est accusé d'un acte de sédition se voit sévèrement puni quand son château est incendié en 1412. Vers 1430 le malheureux propriétaire termine la reconstruction de son château. Sur le site il fait ajouter un moulin fortifié. Mais rebâtir le château coûte une fortune au propriétaire des lieux. Ainsi son héritier, Pierre Marques, est contraint de vendre la propriété à cause des dettes accumulées par la famille.

La famille Bohier

[caption id="attachment_13480" align="aligncenter" width="883"] Gravure de Thomas Bohier.[/caption]

Thomas Bohier est à cette époque chambellan du roi Charles VIII de France. Quand il achète le château en 1513, il le fait en partie démolir. En effet Bohier décide de rebâtir complètement le domaine. Les travaux vont durer 6 ans, entre 1515 et 1521. Pendant cette période c'est son épouse, Katherine Briçonnet, qui va superviser tous les travaux. D'ailleurs c'est elle qui devient la vraie maîtresse des lieux, où elle prend plaisir à inviter toute la noblesse française. Parmi ses invités elle pourra compter à deux reprises sur la présence du Roi François Ier.

[caption id="attachment_13493" align="aligncenter" width="1280"] Restitution de la façade sud sur le Cher, du château de Thomas Bohier. Dessin de Félix Roguet[/caption]

Diane de Poitiers, la maîtresse de Chenonceau

[caption id="attachment_13478" align="aligncenter" width="740"] "Diane de Poitiers au bain" peint vers 1550.[/caption]

En 1535, le roi François Ier fait saisir le château du fils de Bohier. En effet la famille Bohier n'a pas honoré une dette contractée auprès de la Couronne. Puis quand la mort du Roi survient 1547, c'est son fils Henry II qui en hérite. Par amour Henri II décide d'offrir le château de Chenonceau à sa maîtresse, Diane de Poitiers. Celle-ci s'attache énormément à ce joli château qui borde le Cher. Femme de goût et de luxe, elle fait embellir la demeure. Pour cela elle décide de faire construire un pont voûté qui relie le château à la rive opposée. Puis elle supervise l’aménagement de jardins à la française, ainsi que l'installation de potagers et de vergers. Les magnifiques jardins situés le long des berges sont protégés des inondations par des terrasses en pierre. Diane de Poitiers profite de ce petit paradis jusqu'en 1559. En effet c'est cette année-là que le Roi Henri II meurt accidentellement pendant un tournoi. Sa veuve, Catherine de Médicis, saisit cette occasion pour se venger, bien décider à contraindre Diane à quitter le château. Malheureusement pour Diane, des années de manœuvres juridiques va l'obligé à quitter les lieux et de s'installer au château de Chaumont.

Catherine de Médicis, toujours plus grand

[caption id="attachment_13479" align="aligncenter" width="529"] Catherine de Médicis, représentée à la fin de sa vie, continue de voir grand pour le château de Chenonceau.[/caption]

La mère du futur Roi fait du château de Chenonceau sa résidence préférée. Très vite elle y fait installer une nouvelle série de jardins… En tant que régente de France, Catherine dépense une fortune pour le château et pour y organiser des soirées spectaculaires. D'ailleurs c'est en 1560 qu'est tiré le premier feu d'artifice jamais vu en France, pour marquer l'accession au trône du fils de Catherine, François II. En 1577 Catherine de Médicis est aussi à l'origine de la grande galerie de style renaissance italienne qui surplombe la rivière. Désormais son château s'étend jusque sur l'autre rive. Puis elle fait construire de nouveaux espaces entre la chapelle et la bibliothèque, ainsi qu'une aile de service près de la cour d'entrée. Malgré tout Catherine de Médicis envisage encore une expansion bien plus importante du château. Si ce projet, illustré en 1579 avait été exécuté, le château actuel n'aurait été qu'une petite partie d'un domaine gigantesque. Ce projet sera définitivement abandonné après la mort de Catherine en Janvier 1589.

[caption id="attachment_13477" align="aligncenter" width="1749"] Projet d'agrandissement du château d'après le livre de 1579 de Du Cerceau.[/caption]

Louise de Lorraine et le parfum de la mort

[caption id="attachment_13481" align="aligncenter" width="412"] Portrait de Louise de Lorraine, Reine de France en 1575[/caption]

C'est donc après la mort de Catherine en janvier 1589, que le château de Chenonceau est confié à sa belle-fille, Louise de Lorraine-Vaudémont. Cette femme n'est autre que la Reine de France puisqu'elle est l'épouse du roi Henri III. En août 1589 Louise est à Chenonceau lorsque l’on vient lui annoncer que son mari a été assassiné. Louise ne s'en remettra jamais. Elle tombe gravement malade et fait une grave dépression. Pour preuve elle va passer les onze années qui la séparent de la mort à errer sans but dans les couloirs du château. Pendant tout ce temps elle porte des vêtements de deuil et fait repeindre sa chambre en noir. Sur les murs des couloirs du château elle fait accrocher des tapisseries noires sur lesquelles sont cousus des crânes et des os croisés. Finalement Louise décide de laisser le château à sa nièce seulement âgée de six ans. Cependant la petite fille est déjà fiancée a un petit garçon de 4 ans qui n'est autre que le fils d'Henri IV et de sa maîtresse. Cet enfant va devenir plus tard le Duc de Vendôme. Lui et ses descendants vont conserver le château pendant une centaine d'années. Puis en 1720 le château est vendu au duc de Bourbon, qui va s'empresser de revendre le mobilier et les statues. Beaucoup d’objets et de meubles vont partir pour le château de Versailles. Abandonné par les Bourbons, le château de Chenonceau va tomber en ruine tout doucement.

Louise Dupin, le cerveau de Chenonceau

[caption id="attachment_13483" align="aligncenter" width="874"] Portrait de Louise Dupin par Nattier.[/caption]

En 1733, le domaine est acheté 130 000 Livres par un riche écuyer nommé Claude Dupin. Son épouse, Louise Dupin est une femme belle, intelligente et cultivée. Elle est la fille d'un financier et d'une actrice de la comédie française qui fréquente le "Tout-Paris" intellectuel. C'est donc sans difficultés qu'elle parvient à attirer tous les esprits brillants de l'époque, au château de Chenonceau. En effet c'est là qu'elle fonde son salon littéraire, fréquenté pas des grands noms comme Voltaire, Montesquieu, Fontenelle, le naturaliste Buffon ou le dramaturge Marivaux. Lorsque la Révolution française éclate, des émeutiers s'apprêtent à détruire Chenonceau. Pour eux l'endroit symbolise tous les excès du pouvoir royal. Cependant Louise s'interpose et négocie seule avec la garde révolutionnaire pour sauver son château. Pour cela Louise Dupin démontre que son pont est le seul encore en état sur des kilomètres, pour commercer et voyager. Paris réussi, le château est épargné.

Marguerite Pelouze, rénové sans compter

[caption id="attachment_13489" align="aligncenter" width="1540"] La nouvelle façade Est du château de Mme Pelouze. Photographie de Daniel Freuler vers 1888 qui utilise certainement un ancien cliché pour son photochrome.[/caption]

En 1864, c'est Marguerite Pelouze, une riche héritière, qui achète le château. Dix ans plus tard elle charge l'architecte Félix Roguet de le restaurer. Celui-ci rénove presque intégralement l'intérieur de la bâtisse. Aussi plusieurs ajouts exigés par Catherine de Medicis sont supprimés. C'est le cas notamment pour les pièces situées entre la bibliothèque et la chapelle. Il apporte également des modifications en déplaçant des statues. C'est le cas des représentations d'Hercule, Pallas ou Apollon, qui vont être déplacées vers le parc. Marguerite est la dernière femme à avoir laissé sa marque sur le château de Chenonceau. Cependant la maîtresse des lieux dépense sans compter pour faire rénover l'endroit. En effet elle aurait dépensé plus d'un million et demi de francs or pour restaurer Chenonceau. À cela vient s'ajouter un style de vie luxueux et des soirées somptueuses au château. Inévitablement sa trésorerie s'épuise et Marguerite est en faillite. Pour rembourser ses dettes, le château est saisi pour être revendu.

Des hommes de passage

[caption id="attachment_13491" align="aligncenter" width="1690"] Le domaine de Chenonceau et les bords du Cher vers 1900.[/caption]

Le château est vendu en 1891 à un millionnaire cubain, qui se nomme José-Emilio Terry. Ce propriétaire ne fait qu'un bref passage à Chenonceaux puisqu'il revend la propriété à son neveu en 1896. L'expérience de châtelain vécue par Franceso Terry va durer un peu plus longtemps que celle de son oncle. Puis en 1913 il décide de revendre le château à Henri Menier. Cependant le 6 septembre 1913, cinq mois après l'acquisition du domaine, Henri Menier meurt d'une phtisie pulmonaire dans son château de Vauréal. Henri n'a pas d'enfant et c'est donc son frère Gaston qui hérite du château. Cette famille dont le nom est célèbre pour ses chocolats possède encore aujourd'hui le château de Chenonceau.

Un château entre-deux-guerres

La première guerre mondiale à Chenonceaux

[caption id="attachment_13492" align="aligncenter" width="1738"] Mme Menier, infirmière major, au cours d'une opération chirurgicale à l'hôpital de Chenonceau.[/caption]

Pendant la Première Guerre mondiale, Gaston Menier met à disposition des galeries du château pour qu'elles puissent servir d'hôpital. Il en confie la gestion à son fils Georges et sa belle-fille Simone, infirmière en chef. Pour des questions d'hygiène, l'armée fait recouvrir de peinture blanche les grandes fresques de Charles Toché. Les deux galeries comptent cent vingt lits : soixante-dix dans au premier étage et cinquante au rez-de-chaussée, où est aménagée une salle d'opération. Cet hôpital bénéficie des dernières innovations tant sur le plan médical, que sur les équipements. L'électricité et le chauffage sont mis en place, ainsi qu'une pompe électrique pour l'eau. Les médecins et infirmiers sont rémunérés par l'État. Cependant Gaston Menier tient à prendre en charge toutes les dépenses liées à la nourriture et à l'installation. L'hôpital militaire fonctionne pendant toute la durée des hostilités jusqu'au 31 décembre 1918. Environ 2 254 soldats blessés, la plupart très gravement atteints, sont soignés au château.

La seconde guerre mondiale

[caption id="attachment_13494" align="aligncenter" width="1660"] Entrée du château de Chenonceau en 1942 pendant l'occupation allemande. À gauche du pont-levis, la guérite allemande avec ses motifs en chevrons.[/caption]

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le château résiste aux bombardements allemands de juin 1940. Toujours pendant la Seconde Guerre Mondiale, le château de Chenonceau va devenir un lieu de passage pour de nombreuses personnes en fuite. En effet le château qui surplombe le Cher fait le lien entre la zone occupée d'un côté et la zone libre de l'autre. Plus tard le château occupé par les Allemands est ciblé par des bombardements Alliés le 7 juin 1944. Nous sommes le lendemain du débarquement en Normandie quand la chapelle du château est en partie détruite. Après la guerre, le domaine est en partie dévasté. D'une part à cause des dégâts causés par la guerre et d'autre part à cause de ceux provoqués par une crue de la rivière en 1940. Ainsi la structure est délabrée et les jardins ravagés. En 1951, la famille Menier d'agir et confie la restauration de son château à Bernard Voisin. C'est le travail de cet homme qui va redonner au château de Chenonceau, le reflet de son ancienne gloire.