L'incroyable histoire des infirmiers Wright et Moore

5 Rue de l'Église Angoville-au-Plain

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C'est ici, dans la petite église d'Angoville-au-Plain, que commence l'incroyable histoire des infirmiers parachutistes Robert Wright et Kenneth Moore. Le petit hameau est situé à quelques kilomètres seulement, d'Utah beach.

“Au moment d’être admis(e) à exercer la médecine, je promets et je jure d’être fidèle aux lois de l’honneur et de la probité. Mon premier souci sera de rétablir, de préserver ou de promouvoir la santé dans tous ses éléments, physiques et mentaux, individuels et sociaux. Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions. J’interviendrai pour les protéger si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité. Même sous la contrainte, je ne ferai pas usage de mes connaissances contre les lois de l’humanité."

Extrait du serment d'Hippocrate

Les deux soldats sont envoyés derrière les lignes ennemies dès les premières heures du 6 Juin, avant le début du débarquement sur les plages de Normandie. La 82eme et la 101eme division aéroportée ont pour mission de couper la route principale reliant Cherbourg à Paris. Cette voie est essentielle pour le ravitaillement des forces allemandes et elle passe près d’Angoville-au-Plain. Ainsi c'est dans les premières heures de l'opération Overlord que des milliers de parachutistes se retrouvent dispersés dans la campagne Normande. Partout la terre est entrecoupée de haies tandis que le sol est inondé pas les Allemands. Le terrain est particulièrement dangereux pour les soldats alliés. D'ailleurs les soldats de la 101eme ont eu à peine le temps de se regrouper que déjà la bataille s'engage. C'est ainsi que le petit village d'Angoville-au-Plain s'est retrouvé plongé au cœur de la guerre.

Les "medics" dans la bataille

Les infirmiers Wright et Moore sont à la recherche d’un site propice à l’installation d’un poste de secours quand il trouve la petite église située au centre du village. Autour les combats sont intenses, et dès le premier soir ils soignent des dizaines de soldats blessés. De plus les deux hommes accueillent aussi des habitants du village. D'ailleurs c'est le cas pour deux jeunes filles, Lucienne et son amie Jean-Vienne, toutes deux blessées par un obus de mortier. De plus alors qu'ils s'occupent des blessés, les deux infirmiers risquent leur vie régulièrement. En effet ils sont obligés de se rendre dans les champs avoisinants pour récupérer les blessés, avant de les ramener à l'église dans une brouette.

Soigner avant tout

La bataille dure trois jours et les deux camps occupent le village à tour de rôle. Lorsque les troupes américaines sont forcées de reculer, Wright et Moore se retrouvent seuls en territoire ennemi. Malgré tout ils continuent de travailler et soignent les blessés dans l'église. Parfois, des soldats allemands entrent dans l'église, mais étonnamment ils laissent les médecins faire leur travail. C’est que Wright et Moore ont décidé de sauver des vies. De ce fait ils ont choisi de soigner les Américains et les habitants blessés, mais également les soldats allemands. Lorsque les Allemands constatent qu'ils soignent aussi leurs blessés, ils décident de laisser tranquille les deux médecins. Par ailleurs les deux hommes parviennent à imposer une règle qui exige que ceux qui entrent dans l'église doivent être désarmés.

Des intrus dans le clocher

[caption id="attachment_5572" align="aligncenter" width="700"] Un prisonnier allemand capturé par les troupes alliées le 7 juin 1944. Photo IWM B5144[/caption]

Pendant les trois jours passés dans la petite église d'Angoville-au-Plain, Wright et Moore doivent faire face à de nombreux défis. D'abord ils ne peuvent pas s'approvisionner et ils doivent se débrouiller seuls avec ce qu'ils ont sous la main. De plus le nombre de blessés ne cesse d'augmenter et il leur est impossible de dormir. Enfin alors que les combats font rage à l’extérieur, un obus de mortier touche le toit de l'église en faisant de nouvelles victimes. Puis ce sont tous les vitraux de l'église qui volent en éclats en étant pris pour cible par les Américains, qui pensent que les Allemands se trouvent à l'intérieur. Ainsi ce n'est que quelques jours après avoir installé leur hôpital de fortune, que les deux médecins découvrent qu'ils avaient des voisins. En effet, les deux hommes sont stupéfaits en voyant descendre deux soldats allemands du clocher de l'église. À bout de forces et constatant la suprématie alliée, les deux Allemands se constituent prisonniers auprès des médecins. C'est ainsi que Wright et Moore ont découvert que depuis le début il y avait des combattants installés juste au-dessus d'eux.

Un bilan héroïque

[caption id="attachment_12199" align="aligncenter" width="768"] L'un des vitraux de l'église d'Angille -au-Plain.[/caption]

Les combats autour d'Angoville-au-Plain prennent fin le 8 Juin 1944. Les forces alliées ont sécurisé la région et désormais la guerre se poursuit vers Paris. Cependant les stigmates de ce qui s'est passé ici restent encore visibles soixante-quinze ans après. C'est le cas des bancs de l'église utilisés pour soigner les blessés, toujours marqués de traces de sang. Ces taches de sang témoignent de ce qui s’est passé dans l'église. Les vitraux brisés ont été remplacés. Aujourd'hui ils rendent hommage aux parachutistes venus libérés Angoville-au-Plain. Un autre vitrail honore la mémoire de Robert Wright et Kenneth Moore qui ont sauvé de nombreuses vies dans cette église. Ces deux hommes sont parvenus à sauver 80 vies pendant les trois jours passés dans l’église. Parmi les survivants on retrouve Jean-Vienne l’une des deux filles de la région. Malheureusement son amie Lucienne est décédée de ses blessures, de même pour deux autres soldats.

Une tombe pas comme les autres

Si vous vous promenez derrière l'église, vous apercevrez parmi les anciennes pierres tombales, une tombe plus moderne. Il s'agit d'une simple pierre tombale sans prétention qui porte les initiales REW. C'est la sépulture de Robert E. Wright qui est décédé Le 21 décembre 2013 à l'âge de 89 ans. Il a gardé depuis la guerre une relation privilégiée avec ce petit coin de France. Pour cela il a souhaité être enterré ici, en France, devant la petite église où il a accompli des miracles. Ne perdez jamais de vue le fait que de nombreuses histoires se sont déroulées en Normandie. Car chaque soldat qui est venu ici a une histoire qui mérite d'être connue et racontée.