Le printemps de Bourges, la révolution de la scène musicale

5246 km

1 Rue de Séraucourt Bourges

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« Le Printemps de Bourges doit devenir, pour tous ceux qui s'intéressent à la chanson, un lieu de création, d'expression et de confrontation sur la chanson d'aujourd'hui. » Daniel Colling en 1976, co-créateur du "Printemps de Bourges"

Lancé en 1977, le Printemps de Bourges est devenu, au fil des décennies, un événement phare sur la scène européenne, réunissant artistes et spectateurs de tout le continent pour célébrer la richesse et la diversité de la musique. Ce festival s'est affirmé comme une institution culturelle incontournable, qui capte et façonne les tendances musicales émergentes, reflétant ainsi le dynamisme de la société contemporaine. Chaque printemps, il fait vibrer le cœur de la France au rythme des innovations artistiques et des découvertes musicales.


Bien plus qu'une série de concerts, le Printemps de Bourges constitue une plateforme essentielle pour les artistes en devenir, ayant lancé les carrières de figures emblématiques telles qu'Alain Bashung, Renaud, et les Têtes Raides. Ces artistes y ont fait leurs premiers pas marquants, soulignant l'importance cruciale du festival comme tremplin pour les nouvelles générations. Avec près de cinquante ans d'existence, le Printemps de Bourges continue de se réinventer et reste un pilier de la scène culturelle nationale, un espace vibrant ouvert sur l'avenir de la musique.

Printemps de Bourges, la naissance d'un événement

Le début du Printemps

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Le Printemps de Bourges a vu le jour en avril 1977, inaugurant une ère nouvelle pour la scène musicale française. Il faut dire qu’à la fin des années 70, les ondes de la radio sont saturées par la variété, avec des figures dominantes comme Claude François, Michel Sardou ou Dalida. C’est dans ce contexte, qu’un vent de changement est venu souffler sur la ville de Bourges. À l’époque un jeune entrepreneur audacieux du nom de Daniel Colling envisage la création d’un nouveau type de festival musical. 

 

Son idée ? Créer un événement qui serait un véritable laboratoire de la musique contemporaine, un espace où les nouvelles formes d'expression musicale pourraient éclore et s'épanouir loin des projecteurs des grands médias. Inspiré par les dynamiques culturelles qui remettaient en question les normes établies, notamment les mouvements de Mai 68 et la montée des cultures jeunes qui suivirent, Colling, en collaboration avec des amis et des passionnés comme Maurice Frot et Alain Meilland, conçoit le Printemps de Bourges comme une réponse à cette scène musicale monolithique. 

Le premier Printemps

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Le festival casse les codes avec un format original : en cinq jours, une quarantaine d'artistes et vingt concerts à la Maison de la Culture, sous un chapiteau place Séraucourt et au théâtre Jacques Cœur. On y retrouve des figures emblématiques telles que François Béranger, Jacques Higelin, Bernard Lavilliers, mais aussi des talents plus confidentiels, tous unis par leur volonté de chanter autrement. Le premier Printemps de Bourges est un véritable triomphe, avec près de 13 000 billets vendus. Néanmoins, les relations avec une partie des habitants restent tendues. En effet il faudra un peu de temps aux habitants pour accepter ceux qu'ils appellent alors "les Indiens". Pour les commerçants, ces bandes de jeunes qui débarquent de toute la France avec leurs sacs à dos, ne sont pas un bon présage pour les affaires de la petite ville tranquille. Il faudra quelques années pour que la ville adopte vraiment son festival.

 

Malgré ce succès, l'avenir de l'évènement reste très incertain. D'abord il y a les habitants qui s'opposent fermement à une deuxième édition. Mais il y a surtout le problème du financement du printemps de Bourges, avec des budgets qui doivent être renégociés chaque année. Heureusement le festival peut compter dès sa première réédition, sur le soutien inconditionnel de Jacques Rimbault, le maire communiste de Bourges. Et puis il y a l'année 1982 et l'arrivée de Jack Lang au ministère de la Culture. À ce moment-là, l'État commence à subventionner le Printemps de Bourges. Dès sa deuxième édition, le Printemps de Bourges connaît une croissance fulgurante : 80 artistes, 45 concerts et 25 000 spectateurs en cinq jours. Les années suivantes confirment cette tendance. Ainsi l'édition de 1979 accueille 40000 spectateurs sur 7 jours, celle de 1981 atteint la jauge de 50000 spectateurs sur neuf jours de festival. Désormais la région Centre-Val de Loire et le département du Cher vont aussi s'investir dans l'évènement et s'inscrire dans la durée comme des partenaires incontournables du festival.

Ils ont fait le Printemps

La vision de ces 3 mousquetaires de la musique est claire : offrir une scène à des artistes qui, autrement, n'auraient pas accès aux grands médias de l'époque. Soutenu par la Maison de la Culture de Bourges, dirigée à l'époque par Jean-Christophe Dechico, celle-ci devient le centre névralgique de ce nouveau festival. Dechico apporte non seulement un soutien logistique et institutionnel, mais également une légitimité culturelle à un événement qui aspire à bouleverser les conventions musicales de l'époque. Le festival est alors conçu comme un espace musical dans lequel les artistes peuvent s'exprimer librement, sans les contraintes commerciales ou les censures artistiques souvent rencontrées ailleurs.

 

Les 3 organisateurs :

Alain Meilland conférence presse printemps de bourges 1984

De gauche à droite : Maurice Pollein (président de l'association pour un festival de la chanson) et les trois co-fondateurs du Printemps de Bourges Daniel Colling - Maurice Frot - Alain Meilland lors d'une conférence de presse à Bourges en février 1984

  • Daniel Colling : Fondateur visionnaire du Printemps de Bourges, sa passion pour la musique et son engagement pour la culture ont façonné le festival depuis ses débuts. Son approche novatrice en matière de programmation a permis de mettre en lumière de nombreux talents émergents. Avec une carrière initialement ancrée dans l'organisation de concerts à Paris, Colling a été inspiré par la nécessité de créer un espace où la musique contemporaine pourrait prospérer loin des contraintes des médias traditionnels. Sa vision a conduit à la création du Printemps de Bourges en 1977, un festival qui a découvert et lancé de nombreux talents musicaux, mais il a aussi contribué à redéfinir le paysage festivalier français, en plaçant l'innovation et la diversité au cœur de son projet.
  • Alain Meilland : Figure emblématique du Printemps de Bourges, Alain Meilland a été l'un des piliers du festival depuis sa création. En tant que chanteur, comédien, et animateur, il a apporté une dimension artistique polyvalente et profondément engagée. Meilland a travaillé étroitement avec Daniel Colling pour donner naissance au festival, notamment en participant à l'élaboration de la programmation et de l'organisation des premières éditions. Sa passion pour la culture et son engagement envers les arts ont contribué à faire du Printemps de Bourges un espace où la créativité et l'innovation peuvent s'épanouir librement.
  • Maurice Frot : Cofondateur du Printemps de Bourges, Maurice Frot a joué un rôle essentiel dans les coulisses du festival dès ses premières années. Journaliste, poète et activiste culturel, il a apporté une vision unique et une approche littéraire à la programmation et à l'organisation du festival. Son engagement envers la musique et la culture a aidé à façonner l'identité du Printemps de Bourges, le positionnant comme un événement majeur qui célèbre la diversité et l'innovation artistiques. Sa collaboration étroite avec Daniel Colling et Alain Meilland a permis de créer un festival qui reste fidèle à ses racines tout en évoluant avec son temps.

La volonté d’innover

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Depuis le début des années 1970, la scène musicale française connaît un essor remarquable, avec une profusion de sons et de genres musicaux émergeant dans tout le pays. La création de nombreux festival et une multitude de salles de concerts ont permis de démocratiser l'accès à la musique live, ont permis de toucher un public beaucoup plus large. Le Printemps de Bourges, incarne parfaitement cette effervescence. La programmation initiale reflétait une audace remarquable : des artistes tels que Jacques Higelin, Bernard Lavilliers, et Alain Bashung, alors en devenir, se partageaient l'affiche avec des noms déjà bien établis. Cette première édition prouva que le festival était prêt à prendre des risques pour redéfinir les contours de la musique populaire en France. En 1982, le festival a continué de surprendre avec une programmation éclectique, allant des sons gothiques de The Cure à la chanson française de Léo Ferré. L'accueil du public fut enthousiaste, attirant des jeunes de toute la nation, avides de découvrir des musiques à la fois provocantes et innovantes.

 

Cette approche éclectique qui vise à captiver un public varié, s’adosse à une organisation et à une communication mûrement réfléchie. Pour faire connaître et aimer le printemps de Bourges à un large public, les organisateurs adoptent des stratégies nouvelles pour ce type d’évènement. C’est le cas pour la programmation de concerts qui s’étend en journée de midi à l'aube, dans divers endroits tous proches du centre-ville. De même concernant le choix du mois d'avril pour organiser l'événement, qui va permettre au festival de se distinguer des grands rassemblements estivaux. Pour faire venir un public varié, la stratégie de communication mise en place, vise à cibler principalement la région parisienne. Pour y parvenir le printemps s’offre une vaste campagne d'affichage qui s’accompagne d’une distribution massive de programmes. Ce sont toutes ces initiatives qui ont fait du Printemps de Bourges un pionnier, qui a ouvert la voie à d'autres grands rassemblements musicaux en région, comme les Francofolies de La Rochelle ou les Transmusicales de Rennes.

Répéter les problèmes

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Cependant, organiser un festival de cette envergure ne se fait pas sans avoir à relever un certain nombre de défis. Il faut d’abord régler les nombreux problèmes logistiques inhérents à ce type de manifestation. Sur le Printemps de Bourges, les équipes du festival doivent coordonner des concerts qui peuvent se jouer au même moment, dans différents endroits de la ville. Et puis il faut organiser l'accueil de dizaines de milliers de visiteurs dans une ville qui ne connaît que très rarement un tel afflux. Enfin les organisateurs doivent veiller chaque année à la reconduction des soutiens financiers de leurs partenaires, sans qui la mise en place d'un tel événement serait impossible.

 

Malgré ces obstacles de taille, les organisateurs font preuve d'une résilience remarquable. Ils parviennent même à développer les partenariats stratégiques mis en place avec la ville de Bourges, et le ministère de la Culture. Grâce à ces alliances, le Printemps de Bourges a pu surmonter les déficits budgétaires initiaux et intensifier sa réputation, une réussite qui lui a permis non seulement de survivre mais aussi de prospérer.

Un festival en constante évolution

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Avec le temps, le festival s'est agrandi, tant en termes de capacité d'accueil que de diversité de sa programmation. Ce n'est plus seulement un festival de musique, mais un véritable carrefour culturel qui embrasse des genres variés, allant du rock à l'électro, du rap à la chanson française, du jazz au reggae. Son expansion reflète également les changements socioculturels majeurs survenus en France et dans le monde. Dans les années 80 et 90, alors que la jeunesse trouve sans cesse de nouveaux moyens d’expression, le Printemps de Bourges a su intégrer ces nouvelles vagues, offrant une plateforme à des genres alors émergents comme le punk, la new wave et plus tard, le rap ou la musique électronique.

Ce faisant, il n'a pas seulement suivi les tendances, mais a souvent servi à refaçonner le paysage musical français. La programmation s'est progressivement diversifiée pour inclure non seulement de la musique, mais aussi des débats d’idées autour de thèmes comme l'écologie, les droits de l'homme ou la diversité culturelle ont été intégrés. En devenant également un forum, le festival sert non seulement à se divertir, mais aussi à s’éduquer et à s’engager.

Des printemps inoubliables

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Le Printemps de Bourges a été le théâtre de nombreux moments devenus légendaires dans l'histoire de la musique contemporaine. Chaque année, le festival a offert des spectacles qui ont marqué les esprits, certains devenant des jalons dans la carrière des artistes. Parmi les performances les plus emblématiques, celle de Jacques Higelin en 1985 reste gravée dans les mémoires. Sur la grande scène de la Place Séraucourt, devant des milliers de spectateurs captivés, Higelin a délivré une performance énergique et improvisée qui a duré bien plus que son créneau horaire initial, capturant parfaitement l'esprit libre et innovant du festival.

 

Un autre moment phare fut sans aucun doute la performance de Charles Trenet lors de l'édition de 1984. À l'âge avancé de 71 ans, Trenet a prouvé qu'il restait un géant de la chanson française, capable d’enchanter un public jeune avec ses mélodies intemporelles et son charisme légendaire. Grâce à ce genre de performance le Printemps de Bourges a prouvé qu’il était devenu une étape incontournable pour les grands noms de la musique.

Une Scène pleine de Découvertes

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Le festival organise spécifiquement des "Scènes Découvertes", consacrées aux artistes émergents de divers genres musicaux. Ces scènes sont devenues essentielles pour les jeunes musiciens souhaitant se faire un nom dans l'industrie musicale. Elles offrent non seulement une visibilité mais aussi une occasion d'interagir avec des professionnels du secteur, des médias, et d'autres artistes. En 2004,  le public a ainsi pu découvrir les étoiles montantes de la chanson française, qu’était Calogero ou Christophe Maé.

Pour perpétuer cette tradition de découvreur de talent, le festival s’attache à mettre en avant des artistes venant de tous horizons. Tout au long de l’année, les équipes du printemps de Bourges s’évertuent à trouver les futures révélations féminines ou les meilleurs musiciens issus de minorités. Ainsi les organisateurs du festival misent sur des talents aux origines culturelles et musicales variées, et parient sur le fait que ce seront eux, qui viendront enrichir et renouveler le paysage musical français. En gardant constamment un doigt sur le pouls de la musique actuelle, le festival reste un point de rencontre essentiel pour ceux qui cherchent à découvrir les sons de demain. Grace à cela de nombreux artistes comme Christine and the Queens, Eddy de Pretto ou Angèle ont pu bénéficier de cette plateforme exceptionnelle pour lancer leur carrière.

Le Printemps de Bourges, un festival politique ?

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Le Printemps de Bourges n'est pas seulement un festival de musique ; il s'est également positionné comme un forum pour le dialogue social et politique. Dès ses débuts, le festival a pris racine dans un contexte de rébellion culturelle, né peu après les événements de Mai 68, qui ont profondément marqué la société française en remettant en question les autorités et les normes établies. Toujours dans l’ère du temps,  le festival a accueilli de nombreux artistes et groupes qui utilisent la musique comme moyen d'expression politique. De Léo Férré, en passant par Zebda ou la Mano Negra, le festival a souvent été un espace où la musique rencontre le militantisme, traitant de sujets allant des droits de l'homme à l'écologie, en passant par les crises sociales et la politique internationale.

 

Lors des élections ou d'autres périodes de changement social significatif en France, le Printemps de Bourges a souvent reflété l'ambiance du pays, en adaptant sa programmation, pour offrir un espace de réflexion et de débat public. Ce rôle a renforcé son identité comme un événement engagé et conscient de son impact sociétal. Créé à Bourges, une ville alors dirigée par la gauche, le festival a pu bénéficier d’un soutien politique local et national, un soutien crucial pour sa survie et son développement. Les élus locaux voyaient également la création de ce festival, comme une opportunité pour dynamiser la ville et promouvoir son image.

 

Un printemps sans fin ?

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Le Printemps de Bourges continue de rayonner comme une vitrine essentielle de la scène musicale contemporaine, tenant fermement son rôle de pionnier dans le paysage des festivals français. L’année dernière encore, le festival a brillamment lancé la saison des festivals, toujours en affichant une programmation riche et éclectique qui a su captiver un public varié, des mélomanes de longue date aux nouveaux venus séduits par l'effet du pass-culture. Les performances d'artistes tels que Lomepal, Benjamin Biolay, ou Izia Higelin ont été mémorables. Mais le festival a surtout confirmé son inlassable engagement envers la création et la découverte, tout en accompagnant la montée en puissance de la musique urbaine, avec des concerts comme celui de Disiz qui ont aussi marqué les esprits.

 

Cependant pour Boris Vedel, le nouveau directeur du festival, les interrogations doivent être nombreuses concernant l’avenir de ce type d’évènement. Par exemple il doit déjà s’interroger sur la participation future du jeune public, si à l’avenir des aides comme le pass-culture venaient à disparaître. Sans parler de l’industrie de la musique qui a suite à de profonds bouleversements, a vu son secteur se concentrer autour de quelques grands groupes privés. C’est le cas entre autre avec le groupe Vivendi, qui gère à la fois les tournées de leurs artistes et des événements musicaux, parfois gratuits, labélisé autour de leurs marques. Une situation qui  soulève des inquiétudes sur une éventuelle homogénéisation du marché. Pour quelqu’un comme Boris Vedel qui doit faire perdurer le Printemps de Bourges, les risques d'une telle évolution, sont notamment les possibles disparités entre les grands festivals et les structures plus modestes.

 

Certes le festival se trouve à un carrefour. Mais grâce à son histoire, il demeure un bastion de la culture musicale. Dans un contexte compliqué, le festival s'efforce de maintenir son indépendance et son intégrité. À l'avenir le Printemps de Bourges doit continuer à évoluer avec son temps, en offrant une plateforme pour les nouvelles voix artistiques tout en servant de modèle dans le domaine des festivals de musique. En regardant vers l'avenir, le festival est bien positionné pour maintenir son rôle de leader dans la promotion de la culture et de l'art, inspirant les artistes et les publics variés, pour les générations à venir.