L'arrestation de Jean Moulin, jour sombre pour la résistance

2 Pl. Jean Gouailhardou Caluire-et-Cuire

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L’arrestation de Jean Moulin le 21 juin 1943, dans une maison isolée à Caluire-et-Cuire, ébranle la Résistance et ouvre la porte aux interrogations et aux soupçons. Qui a trahi Jean Moulin ? Comment la Gestapo a-t-elle pu découvrir cette réunion clandestine ? Autant de questions qui, encore aujourd'hui, hantent les esprits et nous invitent à plonger dans les abysses de l'Histoire. Dans les méandres de la Seconde Guerre mondiale, des hommes et des femmes ont choisi de s'unir pour combattre l'occupant et écrire l'histoire de la Résistance. Parmi eux, Jean Moulin, figure emblématique et symbole d'un combat acharné pour la liberté.

« Ce fut l'irruption, dans la pièce où nous nous trouvions, de 4 ou 5 policiers allemands, armés de pistolets et de mitraillettes. Rapide bousculade de coups de poing et de crosse et nous nous retrouvâmes très vite les mains liées par des menottes, face au mur… » André Lassagne, Adjoint du général Delestraint pour la Zone Sud et ami du docteur Dugoujon

 

La réunion cruciale à Caluire-et-Cuire

Le 21 juin 1943, un événement majeur secoue la Résistance française. À Caluire-et-Cuire, la maison du docteur Frédéric Dugoujon est le théâtre de l'arrestation de Jean Moulin. Ce jour-là, en début d'après-midi, les principaux responsables militaires des organisations de la zone sud se rendent à un rendez-vous place Castellane (aujourd'hui place Gouailhardou). Le but de cette réunion est de nommer le remplaçant du général Delestraint, chef de l'Armée secrète, arrêté quelques jours auparavant à Paris. La maison du docteur Dugoujon semble offrir le cadre idéal pour cette rencontre: isolée, facile d'accès, avec une issue par l'arrière et un cabinet médical discret.

Les participants à la réunion clandestine

La réunion organisée à Caluire-et-Cuire rassemble des personnalités clés de la Résistance. Voici les principaux participants :

André Lassagne

[caption id="attachment_15321" align="aligncenter" width="600"] André Lassagne, présente au moment de l'arrestation de Jean Moulin[/caption]

Adjoint du général Delestraint pour la Zone Sud et ami du docteur Dugoujon, André Lassagne est chargé de régler les détails de cette réunion. Son rôle est crucial pour assurer la coordination entre les différents mouvements de la Résistance.

Bruno Larat

[caption id="attachment_15322" align="aligncenter" width="798"] Bruno Larat vers 1942, il mourra en déportation en 1944[/caption]

Bruno Larat est le chef national des opérations de parachutage et d'atterrissage. Son expertise est essentielle pour assurer le ravitaillement et le soutien logistique aux combattants de l'ombre.

Albert Lacaze

[caption id="attachment_15323" align="aligncenter" width="171"] Albert Lacaze, présent pendant l'arrestation de Jean Moulin, il sera emprisonné à Fresne.[/caption]

Récemment intégré à l'État-major de l'Armée secrète, Albert Lacaze apporte son expérience militaire pour renforcer les capacités de la Résistance face à l'occupant.

Henry Aubry

[caption id="attachment_15325" align="aligncenter" width="600"] Henry Aubry membre de l'armée secrète[/caption]

Chef de cabinet du général Delestraint, Henry Aubry joue un rôle clé dans l'organisation et la coordination des actions menées par l'Armée secrète.

René Hardy

 

Sous l'alias "Didot", René Hardy est membre du mouvement Combat et responsable du NAP-Fer, qui coordonne les sabotages ferroviaires. Mandaté par Pierre Bénouville pour le remplacer à cette réunion, son évasion mystérieuse nourrit les soupçons de trahison.

Jean Moulin

 

Représentant du général de Gaulle et chef du Conseil National de la Résistance, Jean Moulin est l'un des principaux leaders de la Résistance en France. Sous l'identité de Jacques Martel, il participe à la réunion pour désigner le successeur du général Delestraint.

Émile Schwarzfeld

[caption id="attachment_15326" align="aligncenter" width="600"] Émile Schwarzfeld présent également pendant l'arrestation de Jean Moulin[/caption]

Chef du mouvement "France d'abord", Émile Schwarzfeld est pressenti par Jean Moulin pour succéder au général Delestraint à la tête de l'Armée secrète.

Raymond Aubrac

 

Raymond Aubrac est le chef des groupes paramilitaires du mouvement "Libération" et membre de l'état-major de l'Armée secrète. Son expérience et son engagement sont précieux pour la lutte contre l'occupant.

L'irruption de la Gestapo et de Klaus Barbie

 

Alors que les participants arrivent peu à peu et se réunissent à l'étage, la Gestapo emmenée par Klaus Barbie investit la maison. André Lassagne, adjoint du général Delestraint, raconte:

«Ce fut l'irruption, dans la pièce où nous nous trouvions, de 4 ou 5 policiers allemands, armés de pistolets et de mitraillettes. Rapide bousculade de coups de poing et de crosse et nous nous retrouvâmes très vite les mains liées par des menottes, face au mur… ».

Les arrestations sont rapides et brutales, mais un homme échappe à la rafle: René Hardy. Tous les autres sans exception sont transférés à la prison de Montluc, pour y être emprisonné et interrogé par la Gestapo lyonnaise, dirigée à l'époque par Klaus Barbie.

L'évasion suspecte de René Hardy

Marguerite Brossier, gouvernante du docteur, témoigne de la scène étrange de l'évasion de Hardy:

«J'ai vu redescendre un des trois hommes qui étaient montés ensemble, encadré par quatre hommes de la Gestapo… Il s'est enfui… Les Allemands se sont mis à crier et à tirer des coups de feu… Par la suite, en réfléchissant, j'ai été étonnée qu'ils ne l'aient pas tué, car ils lui tiraient dessus de très près…».

Cette évasion facile et la protection dont Hardy semble bénéficier par la suite suscitent la suspicion et l'accusent de trahison. Jugé à Paris en 1947 puis en 1950, Hardy sera finalement acquitté.

Les zones d'ombre autour de Hardy

[caption id="attachment_15327" align="aligncenter" width="885"] Klaus Barbie en uniforme nazi, 1935–1945.[/caption]

Les questions demeurent: pourquoi Hardy a-t-il caché une première arrestation quelques jours avant celle de Caluire? Pourquoi a-t-il été mystérieusement relâché ? Klaus Barbie, chef de la Gestapo à Lyon, déclare plus tard:

«Hardy s'est évadé de Caluire avec ma complicité, les menottes étaient truquée… …Sa trahison a eu une importance considérable pour nous ».

Malgré ces allégations, René Hardy et Klaus Barbie emportent leurs secrets dans la tombe.

La question de la trahison

 

Soixante-quinze ans après l'arrestation de Jean Moulin, l'ombre de la trahison plane toujours sur René Hardy. Malgré les nombreux doutes et suspicions, aucune preuve formelle n'a pu établir la culpabilité de Hardy en tant que traître.

Au fil des années, d'autres hypothèses ont été avancées pour expliquer la trahison, mais aucune n'a été définitivement confirmée. Parmi les résistants arrêtés ce jour-là, certains ont réussi à échapper à la mort et ont continué leur combat pour la liberté. Mais pour Jean Moulin, cette arrestation marque la fin de sa lutte contre l'oppression nazie. Déporté et torturé, il meurt en juillet 1943, laissant derrière lui un héritage de courage et de résistance face à l'ennemi.

La question de la trahison de Jean Moulin demeure donc une énigme historique. Les secrets entourant cette affaire continuent de hanter les mémoires et d'alimenter les débats. Qui a trahi Jean Moulin ? La vérité restera peut-être à jamais enfouie dans les replis de l'histoire.

La maison de Caluire aujourd'hui

 

Enveloppée dans un voile de mystère depuis des décennies, la célèbre maison du Dr Dugoujon, témoin silencieux de l'arrestation de Jean Moulin, s'éveille enfin de son long sommeil. Les volets bleus, s'ouvrent aujourd'hui pour accueillir de nouveau les regards curieux en quête de vérité. Cette bâtisse bourgeoise du XIXe siècle, fraîchement ravalée et restaurée, est devenue aujourd'hui un mémorial dédié au chef de la Résistance. Elle est inscrite à l’Inventaire des Monuments historiques et labellisée Maison des illustres.

Dans cette maison les parquets et boiseries d'antan, insufflent une émotion profonde. Ici, les murs parlent, on peut entendre les voix des acteurs de cette journée tragique, qui résonnent dans chaque pièce. La maison du Dr Dugoujon, auparavant enveloppée dans l'ombre de la trahison, se dresse aujourd'hui comme un symbole de mémoire et d'espoir, où chacun peut venir se recueillir et tenter de percer les secrets d'une journée qui a marqué à jamais le destin de la Résistance.