Le maquis du Vercors, haut lieu de résistance

3425 Rte du Col de la Chau Vassieux-en-Vercors

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Le maquis du Vercors a trouvé sa place dans un décor grandiose et sauvage. C'est ici que résonne encore, l'écho d'une lutte acharnée en 1944. Car ici, des hommes et des femmes animés par l'amour de la liberté et la soif de justice, ont fait face à l'envahisseur nazi avec une détermination inébranlable. Les maquisards du Vercors ont écrit l'une des pages les plus poignantes et les plus tragiques de la Résistance française. Plongeons-nous dans l'histoire de ces combattants héroïques, témoins de la grandeur d'une nation prête à se sacrifier pour préserver son idéal.

« Sur ce vaste plateau, des Français de toutes origines et de toutes opinions ont su se grouper et s'unir avec la seule ambition d'échapper à la servitude... » Le commandant Pierre Tanant

Le Maquis du Vercors : de refuge pour les réfugiés à bastion de la Résistance

Une histoire de courage et de détermination entre 1940 et début 1943

Avant même la signature de l'armistice du 22 juin 1940, la région de Villard-de-Lans se métamorphose d'une destination touristique en havre pour les réfugiés. Dès l'automne 1939, les infrastructures touristiques accueillent des établissements scolaires privés en repli depuis Paris et de nombreux réfugiés, dont des Juifs étrangers aisés. Cette population plutôt aisée est progressivement complétée par un "refuge organisé", comme des enfants originaires du Var à partir de novembre 1942, notamment dans le Vercors drômois.

Le 6 avril 1942, un groupe de Franc-Tireur se constitue à Lans, établissant un lien entre des militants socialistes de Grenoble et de Villard-de-Lans. Aimé Pupin, cafetier grenoblois, est considéré comme le chef civil du maquis du Vercors. En septembre 1942, le maquis s'attelle à la création de camps pour accueillir les réfractaires au Service du travail obligatoire en Allemagne. Le premier camp voit le jour en janvier 1943, suivi de plusieurs autres dans la région.

Début 1943, Pierre Dalloz, architecte urbaniste et alpiniste, conçoit le "projet Montagnards", visant à exploiter la forteresse naturelle du plateau du Vercors pour la Résistance. Le projet prévoit la création de corps francs, l'aménagement de terrains d’atterrissage clandestins, le stockage d'armes et d'explosifs et la défense des principaux points d'accès au plateau. En février 1943, Dalloz rencontre le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, qui soumet le projet aux services français de Londres. Les autorités britanniques donnent leur aval le 25 février par un message diffusé sur les ondes de la BBC.

Ainsi, entre 1940 et début 1943, le maquis du Vercors devient un lieu clé de la Résistance française, accueillant les réfugiés et les réfractaires et préparant le terrain pour la reconquête de la France par les Alliés.

Le Maquis du Vercors en 1943 : réorganisation et premiers parachutages

[caption id="attachment_15211" align="aligncenter" width="459"] B-17 de l'USAAF larguant du matériel destiné au maquis du Vercors.[/caption]

Les héros de la Résistance face à l'adversité et aux changements de leadership

En 1943, le maquis du Vercors connaît une réorganisation majeure sous l'impulsion des officiers de l'Armée secrète. Malgré la mise à l'écart des dirigeants de Franc-Tireur, les moyens financiers considérables alloués par Jean Moulin permettent d'accueillir les nouvelles recrues dans de bonnes conditions. L'effectif des maquis s'élève alors à environ 400 hommes, répartis en huit camps.

Au printemps 1943, le maquis essuie des coups durs avec l'arrestation de figures telles que Léon Martin et Aimé Pupin. Suite à ces événements, le maquis se réorganise autour d'un chef civil, Eugène Chavant, et d'un chef militaire, Alain Le Ray. Le territoire est divisé en deux zones de commandement, tandis que les camps sont remplacés par des unités plus mobiles et des compagnies civiles réservistes.

Le 13 novembre 1943, le premier parachutage d'armes et de matériel a lieu dans la prairie de Darbounouze, sur les hauts plateaux du Vercors drômois. Malgré la récupération chaotique des armes, cette opération renforce la capacité de combat du maquis. Cependant, l'État-major de l'Armée secrète destitue Le Ray le 31 janvier 1944, le remplaçant par le lieutenant Narcisse Geyer, alias Thivollet. Bien que courageux, le nouveau chef militaire est critiqué pour son goût de l'apparat et son manque de confiance envers le responsable civil Chavant.

1944 : Luttes acharnées et instauration de la République libre du Vercors

Les maquisards face aux forces ennemies et l'établissement d'une zone libérée

En 1944, le maquis du Vercors fait face à un afflux de maquisards et instaure la République libre du Vercors. Les premières attaques allemandes ont lieu en janvier, aux Grands Goulets et à Malleval, suivies d'autres offensives à Esparron et Saint-Julien-en-Vercors. Le village de Vassieux, situé sur le plateau du Vercors, subit une première opération de répression menée par la Milice française en avril 1944.

Le 1er juin, un message codé lancé depuis Londres alerte les résistants de la région R1, tandis que pour le Vercors, cela signifie le verrouillage du plateau. Le 5 juin, le signal de l'action armée est donné pour 4 000 maquisards. Des centaines de volontaires rejoignent le Vercors, placés sous le commandement du lieutenant-colonel François Huet et du capitaine Pierre Tanant.

Du 9 juin au 21 juillet, le Vercors fonctionne comme une zone libérée, avec une administration civile et un gouvernement provisoire. La République libre du Vercors est officiellement intronisée le 3 juillet en l'honneur d'Yves Farge, commissaire de la République de la région R1.

En juin, les Allemands occupent Saint-Nizier, contraignant les maquisards à quitter le Vercors nord et à se replier au-delà des gorges de la Bourne. Les troupes allemandes se replient ensuite sur Grenoble, laissant des postes d'observation dans le territoire conquis. Le 25 juin, les Alliés parachutent massivement des armes sur le plateau. La population apporte son aide aux opérations de récupération du matériel.

Début juillet, la mission Paquebot est envoyée sur place pour préparer un terrain d'atterrissage à Vassieux. Cependant, le plan Montagnards, l'envoi massif de troupes aéroportées, ne sera jamais appliqué. Entre la bataille de Normandie et la préparation du débarquement de Provence, la défense du bastion du Vercors n'entre pas dans les priorités des Alliés.

Le maquis du Vercors : courage et résistance face à l'assaut allemand

Juillet 1944 : l'assaut sur le bastion de la Résistance

En juillet 1944, le maquis du Vercors, symbole de résistance et de courage, subit l'assaut de l'armée allemande. La 157e division, commandée par le général Karl Pflaum, lance l'opération Aktion Bettina pour écraser le bastion de la Résistance française.

Malgré les bombardements sévères de la Luftwaffe sur Vassieux et La Chapelle-en-Vercors les 13 et 14 juillet, les cérémonies du 14 juillet se déroulent avec ferveur dans les localités du plateau. Le même jour, l'opération Cadillac permet à 72 forteresses volantes de larguer sur Vassieux un millier de conteneurs.

Cependant, les troupes du Vercors manquent d'armes lourdes, rendant difficile leur résistance face à l'assaut allemand, déclenché le 21 juillet. L'offensive se déroule sur trois fronts : le débarquement aéroporté de chasseurs parachutistes à Vassieux, l'attaque principale sur l'axe Lans-Corrençon et l'assaut sur la ligne de crête des "pas" par les troupes alpines.

La dispersion du maquis et les atrocités commises

Le 23 juillet, face à l'offensive allemande, François Huet et son chef d'État-major, Pierre Tanant, ordonnent la dispersion des groupes de maquisards, selon la formule "maquiser le maquis". L'opération allemande mobilise près de 10 000 hommes et représente la plus vaste entreprise menée en France contre la Résistance.

L'offensive s'accompagne d'atrocités contre les populations civiles et les maquisards capturés, notamment le massacre des habitants de Vassieux et l'exécution sommaire de 16 habitants de La Chapelle. Ces exactions seront par la suite présentées au tribunal de Nüremberg.

Valchevrière : témoignage de la violence des combats

Le hameau de Valchevrière, situé en pleine forêt, témoigne de la violence des combats qui ont eu lieu les 22 et 23 juillet 1944. Le lieutenant Abel Chabal et ses hommes se sont sacrifiés pour retarder l'avance allemande et sont morts les armes à la main. Les maisons du village ont été incendiées, et aujourd'hui, le village en ruines, avec ses poutres calcinées et ses pierres noircies, rappelle les événements tragiques qui s'y sont déroulés. Seule la petite chapelle est encore debout.

Le maquis du Vercors restera gravé dans l'histoire comme un symbole de résistance et de courage face à l'envahisseur. Malgré les difficultés et les pertes, les maquisards ont incarné l'esprit de résilience et d'unité qui a caractérisé la lutte pour la libération de la France.

  [caption id="attachment_15213" align="aligncenter" width="1083"] Valchevrière, le hameau détruit par les nazis, lieu de mémoire de la résistance sur le plateau du Vercors.- Par Calips — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=27361378[/caption]

Forces allemandes contre résistants : un déploiement massif face à une poignée de combattants

Le déploiement des forces allemandes dans la bataille du Vercors

Selon les documents de l'époque, le commandement allemand a mobilisé près de 10 000 soldats et policiers, allemands et auxiliaires étrangers, pour l'opération Bettina contre le maquis du Vercors. Parmi ces forces, on retrouve la quasi-totalité des effectifs de la 157eme Reserve Division de la Wehrmacht, spécialisée dans les actions contre les maquis. Ils seront épaulés par plusieurs autres bataillons de réserves, qui comprennent des chasseurs de montagne, des grenadiers et des d'artilleurs.

Le déploiement inclut également des forces auxiliaires, telles que le Kampfgruppe « Zabel », trois bataillons de l'Ost-Legion, environ deux cents Feldgendarmen, un bataillon de sécurité et un bataillon de police. Enfin, environ quatre cents commandos parachutistes des forces spéciales sont aéroportés sur Vassieux les 21 et 23 juillet 1944.

La disproportion des forces en présence

Face à ce déploiement massif de forces allemandes, les résistants du maquis du Vercors, bien que déterminés et courageux, étaient en nette infériorité numérique et en termes d'équipement. Leurs effectifs, faiblement armés et formés, étaient bien inférieurs aux 10 000 soldats et policiers engagés par les Allemands dans l'opération.

Cette disproportion de forces illustre la détermination des résistants à lutter pour la liberté et la dignité face à l'occupant nazi, malgré les obstacles et les risques encourus. Leur courage et leur engagement ont laissé une empreinte indélébile dans l'histoire de la Résistance française et du maquis du Vercors.

Le maquis du Vercors : répression et bilan tragique de la lutte pour la liberté

Fin juillet début août 1944 : la cour martiale et la traque des résistants

À la fin du mois de juillet et au début du mois d'août 1944, après l'assaut contre le maquis du Vercors, les soldats allemands encerclent la région pour traquer les résistants en fuite. Parmi les victimes se trouve l'écrivain et chef militaire Jean Prévost. Des rafles sont organisées dans la vallée de l'Isère pour retrouver les anciens du maquis, menées par l'officier de la Feldgendarmerie, surnommé localement Oberland, et sa maîtresse Mireille Provence, dite "l'espionne du Vercors".

Les personnes arrêtées sont conduites à l'école de Saint-Nazaire-en-Royans, où, du 26 juillet au 5 août 1944, Oberland et Mireille Provence dirigent une "cour martiale". Une quarantaine de résistants sont fusillés dans le parc du château, et de nombreux autres sont déportés en Allemagne. Un groupe de 19 résistants est livré par les Allemands à la Milice, qui les fusille à Beauvoir-en-Royans.

Bilan des combats : la tragédie du maquis du Vercors

Le bilan des combats du Vercors est tragique : 639 combattants et 201 civils sont tués. Du côté allemand, on compte officiellement 65 tués (principalement lors du crash de 4 planeurs), 133 blessés et 18 disparus. Par ailleurs, 573 maisons sont détruites et 41 habitants de Vassieux sont déportés.

Le maquis du Vercors, à l'instar du maquis des Glières, illustre la vulnérabilité des "maquis-silos", où de nombreux hommes, faiblement armés et formés, étaient concentrés. Cette tragédie met en lumière les sacrifices et la détermination des résistants français, qui ont lutté pour la liberté et la dignité face à l'occupant nazi. Leur courage et leur dévouement resteront à jamais gravés dans l'histoire de la France et de la Résistance.

En mémoire des héros du Vercors : un hommage national et un mémorial poignant

[caption id="attachment_15212" align="aligncenter" width="1620"] Vassieux-en-Vercors, France, mémorial de la résistance. – Photo David Monniaux[/caption]

Malgré l'issue tragique des combats du Vercors et la disproportion des forces en présence, la bravoure et l'engagement des résistants ont été salués et honorés par la France. En reconnaissance de cet épisode héroïque, la commune de Vassieux a été élevée au rang de Compagnon de la Libération par le Général de Gaulle sur décret du 4 août 1945. Ce titre prestigieux vient souligner l'importance et la valeur du sacrifice de ces hommes et femmes qui ont combattu pour la liberté.

Plus tard, un mémorial a été érigé au-dessus du village de Vassieux, au lieu-dit Col de la Chau, sur la route de Font d'Urle. Ce monument poignant retrace avec émotion les événements tragiques de l'été 1944 et rend hommage à tous les combattants et civils qui ont payé le prix fort dans cette lutte contre l'occupant nazi. Aujourd'hui encore, le mémorial du Vercors demeure un symbole fort de la résistance française et un lieu de recueillement où l'on se souvient de ceux qui ont donné leur vie pour la liberté et la dignité de notre nation.