Le débarquement de Provence : l'étau se resserre sur Hitler

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Le débarquement de Provence est une opération cruciale pour la libération de la France, et fait partie de ces moments décisifs de la Seconde Guerre mondiale. Ce débarquement s'est déroulé sous le soleil méditerranéen en août 1944. Une manœuvre audacieuse et complexe, menée par les forces alliées, qui visait à ouvrir un nouveau front en France et à détruire la XIXe armée allemande. Dans cet article, nous reviendrons sur les moments clés de cette opération historique, sur la progression rapide des troupes alliées et sur les pertes humaines endurées par les combattants des deux camps.

"Nancy a le torticolis", "le chasseur est affamé", "Gaby va se coucher dans l'herbe", "Le premier accroc coûte 200 francs".  Messages diffusés sur la BBC pour annoncer le débarquement de Provence prévu le lendemain

Le contexte stratégique avant le débarquement de Provence

Une opération débattue âprement

[caption id="attachment_15204" align="aligncenter" width="690"] Les différentes forces participant au débarquement de Provence -Par Like tears in rain -wikipedia[/caption]

Le débarquement de Provence, initialement connu sous le nom de code "Anvil", fut pour la première fois envisagé en août 1943 lors de la conférence de Québec. Son objectif principal était de créer une tête de pont dans la région de Toulon-Marseille et de détourner les forces allemandes de la Normandie. L'idée fut cependant contestée par Churchill qui préférait se concentrer sur une opération en Méditerranée orientale pour se rapprocher des forces russes.

Lors de la conférence de Téhéran, quelques mois plus tard, Staline soutint l'opération Overlord et tout ce qui y était lié, dont le débarquement de Provence. Il souligna l'importance de prendre l'ennemi en tenaille, ce qui finit par convaincre les autres dirigeants. Malgré les multiples tentatives de Churchill pour annuler ou modifier l'opération, les Américains parvinrent à maintenir le plan initial. Le débarquement fut finalement prévu pour le 15 août 1944.

La zone de débarquement choisie s'étendait entre Cannes à l'est et Cavalaire à l'ouest. Avant de lancer l'opération, il était essentiel de neutraliser les batteries de canon des îles de Port-Cros et du Levant. Du point de vue naval, la coordination de l'opération fut plus complexe que pour le débarquement en Normandie, avec des navires venant de divers ports méditerranéens. Les défenses allemandes, quant à elles, étaient composées de la XIXème armée, dont le moral était déjà affaibli par les événements en Normandie.

Les défenses allemandes face au débarquement

Les défenses allemandes présentes pour contrer le débarquement de Provence étaient principalement constituées par la XIXème armée, dont le quartier général était situé à Avignon. Cette armée comptait neuf divisions, dont une blindée, réparties entre Montpellier, l'embouchure du Rhône et la Riviera. Bon nombre de ces soldats venaient du front de l'Est et étaient en convalescence. Leur moral était fortement affecté par les récents événements survenus en Normandie, rendant leur état de préparation incertain.

Les Allemands avaient également mis en place l'ouvrage défensif français le long de la côte méditerranéenne, formant ce qu'on appelait le "Mur de la Méditerranée". Cette fortification disposait d'une artillerie puissante, rendant la tâche des forces alliées plus difficile. Cependant, l'aviation allemande présente dans la région était considérée comme le point faible de leur défense. Avec seulement 200 avions à leur disposition, dont un grand nombre fut détruit lors des bombardements préliminaires, les forces allemandes étaient en infériorité aérienne face aux Alliés.

Ainsi, bien que les défenses allemandes étaient robustes sur certains aspects, elles présentaient également des faiblesses notables que les forces alliées chercheraient à exploiter lors du débarquement en Provence.

La libération de la Provence : une opération décisive

L'aube d'un nouvel espoir sur les plages du sud de la France

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Opération DRAGOON : l'invasion alliée du sud de la France. Un Supermarine Spitfire Mark IX du 242e Escadron de la RAF roule devant un autre avion stationné jusqu'à un point de ravitaillement à Calenzana, en Corse, après une patrouille de couverture sur les plages d'invasion.[/caption]

Dans la nuit du 14 au 15 août, les forces alliées ont lancé une opération audacieuse pour libérer le sud de la France. Les avions du général Eaker ont déversé 5 000 tonnes de bombes, endommageant considérablement les fortifications côtières allemandes. L'artillerie navale, sous le commandement de l'amiral anglais Hewitt, a ensuite pris le relais, réduisant rapidement les dernières défenses côtières en décombres.

Les commandos américains ont poursuivi l'assaut en détruisant les batteries d'artillerie sur les îles de Port Cros et du Levant, tandis que les troupes françaises et américaines débarquaient avec succès sur les plages de Cannes, Cavalaire, Sainte-Maxime et Agay. Les soldats français, émus de fouler à nouveau leur sol natal, ont embrassé le sable des plages.

Comme en Normandie, des parachutistes ont été largués pour empêcher l'arrivée de renforts allemands. Malgré des problèmes de coordination et des atterrissages imprévus, les troupes ont réussi à se regrouper et à capturer des prisonniers. Les forces alliées ont rapidement établi et consolidé une tête de pont, capturant des milliers de prisonniers allemands en seulement trois jours.

Dans cet élan, les troupes françaises et américaines se sont lancées à la poursuite des forces allemandes en retraite, libérant Toulon et Marseille en utilisant des tactiques rapides et audacieuses. Cette opération cruciale a permis aux forces alliées de reprendre le contrôle du Sud de la France, ouvrant la voie à la libération totale du pays et renforçant l'espoir pour une victoire imminente contre l'occupant allemand.

Le débarquement de Provence : Des objectifs audacieux

[caption id="attachment_15203" align="aligncenter" width="1265"] Carte stratégique des opérations prévues pour le débarquement de Provence[/caption]

Le 15 août 1944, les troupes alliées, sous le nom de code Dragoon, entament un débarquement déterminant dans le sud-est de la France, entre Toulon et Cannes. Initialement nommée Anvil, l'opération a été rebaptisée par Churchill, qui s'y opposait farouchement. Il préconisait plutôt une percée depuis le front italien vers les Balkans, visant à encercler l'armée allemande et atteindre Berlin avant les Soviétiques. Cependant, face aux menaces de De Gaulle de retirer les divisions françaises du front italien, Churchill cède.

Les objectifs sont clairs : libérer Toulon et Marseille, puis remonter le Rhône pour rejoindre les forces de l'opération Overlord, débarquées en Normandie. Dragoon inclut également un atterrissage de planeurs, l'opération Dove, et un faux débarquement en Italie du Nord, l'opération Span.

Face aux Alliés, la défense allemande, composée principalement de troupes étrangères et affaiblie par l'envoi de renforts vers le front de Normandie, peine à résister. La Wehrmacht, déjà étendue sur trois fronts, se trouve en infériorité numérique. Malgré les ordres d'Hitler de détruire les ports de Toulon et Marseille et de défendre ces villes coûte que coûte, la détermination des troupes alliées ne faiblit pas, et leur progression rapide oblige l'armée allemande à battre en retraite pour éviter l'encerclement.

Le débarquement de Provence : Une opération décisive

Les forces alliées débarquent sur les côtes françaises

Le 15 août 1944, les troupes alliées, sous la direction du général Jean de Lattre de Tassigny, ont lancé une opération cruciale dans le sud de la France, connue sous le nom de débarquement de Provence. L'objectif principal de cette opération était de libérer Toulon et Marseille, puis de remonter le Rhône jusqu'à la jonction avec les forces de l'opération Overlord débarquées en Normandie. Les forces terrestres françaises, composées principalement de soldats d'Afrique du Nord et d'une minorité de Français libres, étaient épaulées par des forces britanniques et américaines.

Au cours de la nuit du 14 au 15 août, des commandos français furent débarqués sur les flancs de l'opération principale pour perturber les renforts allemands et faciliter l'avancée des forces principales. Dans le même temps, 9 000 parachutistes britanniques et américains furent largués entre Le Muy et La Motte, dans le but de s'emparer du Muy et des hauteurs de Grimaud pour empêcher l'arrivée de renforts ennemis depuis l'ouest. Les forces navales alliées, composées de 880 navires anglo-américains, 34 Français et 1 370 navires de débarquement, menèrent un assaut sur les côtes varoises entre Toulon et Cannes.

L'assaut aéronaval et la deuxième vague du débarquement de Provence

Les Alliés unissent leurs forces pour percer vers Toulon

À l'aube du 15 août 1944, les Alliés déploient la Task Force 88 au large de la Provence, assurant la couverture aérienne du débarquement et aidant les troupes dans leur progression. Le lendemain, la deuxième vague du débarquement, connue sous le nom de Force Garbo, arrive sur les côtes françaises. Sous le commandement du général américain Alexander Patch, la Force Garbo est composée de la VIIe armée américaine et de la 1re armée française dirigée par le général de Lattre de Tassigny.

Majoritairement sous commandement français, la Force Garbo comprend des troupes coloniales, composées à parts égales de soldats d'origine européenne et de soldats africains et nord-africains. Leur objectif : percer vers Toulon. Au fil des jours, l'armée B se renforce avec l'arrivée de nouvelles divisions et se réorganise en deux corps d'armée, prêts à affronter l'ennemi et à libérer la France de l'occupation allemande.

Alors que les troupes alliées progressaient rapidement et atteignaient leurs objectifs, la défense allemande, déjà affaiblie par les combats sur d'autres fronts, peinait à tenir les positions. La réussite du débarquement de Provence permit aux forces alliées de continuer leur avancée en France, contribuant ainsi à la libération du pays de l'occupation allemande.

Les Français à l'avant-garde du débarquement de Provence

[caption id="attachment_15207" align="aligncenter" width="1024"] Les troupes de la Légion étrangère française lors d'exercices amphibies sur une plage d'Afrique du Nord, vers la fin de 1943 ou le début de 1944.[/caption]

Une bravoure inébranlable pour la libération de la patrie

Les forces françaises ont joué un rôle crucial dans le succès du débarquement de Provence, prouvant leur détermination à libérer leur patrie de l'occupation allemande. Lors de l'assaut initial, les soldats français ont été parmi les premiers à fouler le sol national, embrassant le sable des plages avec une émotion palpable. Sous le commandement énergique du général de Lattre, les troupes françaises ont uni leurs efforts avec leurs alliés américains, britanniques et canadiens pour établir et consolider une tête de pont dans le sud de la France.

Le courage et la ténacité des forces françaises ont été particulièrement mis en avant lors de la libération de Toulon et Marseille. Le général de Lattre a fait preuve d'une audace tactique en divisant ses forces en deux groupements, combinant des attaques frontales soutenues par la flotte alliée avec des manœuvres de flanc habiles pour surprendre et déborder les défenses allemandes. Grâce à la bravoure et au sacrifice de ces soldats français, Toulon et Marseille ont été libérés bien plus rapidement que prévu, permettant aux forces alliées de poursuivre leur avancée vers la libération totale de la France.

La libération rapide de la Provence et la progression vers le nord

Des objectifs audacieux et un nouvel espoir pour la France

Le débarquement en Provence avait pour objectif non seulement de créer un nouveau front en France, mais aussi de détruire la XIXe armée allemande chargée de défendre le sud-est de la France. Les forces américaines étaient chargées de pousser vers la vallée du Rhône, tandis que l'armée française de la Libération devait libérer les ports de Toulon et Marseille. En seulement deux semaines, la Provence fut libérée, avec des villes clés comme Digne, Sisteron, Gap et Grenoble tombant rapidement aux mains des Alliés. Le succès rapide de cette attaque provoqua une insurrection populaire à Paris.

Les forces alliées continuèrent leur progression vers le nord, laissant derrière elles des unités allemandes réfugiées dans les Alpes. Cependant, les Forces françaises de l'intérieur (FFI) contrôlaient les Alpes et les derniers combats pour libérer la région eurent lieu fin avril 1945. Pendant ce temps, un camp de transit fut établi près de Marseille pour organiser la redirection des troupes vers d'autres fronts ou leur retour aux États-Unis.

Le bilan du débarquement en Provence

Pertes humaines et lieux de mémoire

Le premier jour du débarquement en Provence vit plus de 94 000 soldats et 11 000 véhicules débarqués sur les plages. Entre le 15 et le 29 août, l'Armée B subit des pertes importantes avec 933 tués, 19 disparus et 3 732 blessés. Environ 35 000 soldats allemands furent capturés au cours de cette période. Les soldats alliés tombés durant la campagne de Provence reposent dans divers cimetières, témoignant de l'ampleur des sacrifices consentis pour libérer cette région de la France. Parmi ces lieux de mémoire figurent la nécropole nationale de Boulouris, la nécropole nationale de Luynes, le cimetière américain de Draguignan et le cimetière militaire britannique de Mazargues à Marseille. Les soldats allemands tués durant l'opération Anvil/Dragoon et les années d'Occupation reposent quant à eux au cimetière militaire allemand de Dagneux dans l'Ain.

Histoire de se souvenir

[caption id="attachment_15206" align="aligncenter" width="581"] Soldats lors de l'opération Dragoon. En arrière-plan, l'île d'Or (Var). - crédit photo : source Picryl -Colorisation Palette app[/caption]

Le débarquement de Provence, bien que moins connu que le débarquement de Normandie, a joué un rôle déterminant dans la libération de la France et la victoire finale sur les forces de l'Axe. Les sacrifices des soldats alliés, dont les tombes parsèment aujourd'hui les cimetières de la région, témoignent de la bravoure et de l'engagement de ces hommes et femmes venus combattre pour la liberté. Leur lutte et leur détermination ont permis la libération rapide de la Provence et ont ouvert la voie à la reconquête du territoire français, marquant ainsi un tournant décisif dans la Seconde Guerre mondiale.