La bataille de Dunkerque, un miracle sur les plages du nord

Rue Marcel Sailly Dunkerque Nord

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La bataille de Dunkerque fait partie des moments clés de l'histoire d'une guerre. Nous sommes en mai 1940, et les Alliés se retrouvent encerclés à Dunkerque, face à la rapide avancée allemande. La situation semble désespérée mais contre toute attente, près de 340 000 soldats parviennent à échapper au massacre, lors de cette bataille cruciale de la Seconde Guerre mondiale. Dans cet article nous vous proposons de revivre cette bataille historique, pour en mesurer l'influence dans la suite des événements de la seconde guerre mondiale.

 

La bataille de Dunkerque, un tournant historique

[caption id="attachment_15170" align="aligncenter" width="800"] Les troupes britanniques s'alignent sur la plage de Dunkerque pour attendre leur évacuation.© IWM NYP 68075[/caption]

La bataille de Dunkerque, survenue en 1940, est souvent considérée comme un "miracle" en raison de l'évacuation réussie de près de 338 000 soldats alliés, dont 123 095 Français. Cette bataille marque un tournant dans la Seconde Guerre mondiale, car sans elle, le débarquement en Normandie le 6 juin 1944 n'aurait pas eu lieu. La Grande-Bretagne avait déployé près de 250 000 hommes en France, qui auraient été irrémédiablement perdus sans l'évacuation de Dunkerque, mettant en péril la capacité de la Grande-Bretagne à poursuivre l'effort de guerre.

La situation critique des Alliés à Dunkerque

[caption id="attachment_15167" align="aligncenter" width="800"] La déroute alliée à Dunkerque © IWM. Original Source: http://www.iwm.org.uk/collections/item/object/205088143[/caption]

En mai 1940, les forces alliées, composées principalement de soldats britanniques, français et belges, se trouvent dans une situation désespérée. Les troupes allemandes ont lancé une offensive éclair à travers l'Europe occidentale, contournant la ligne Maginot et avançant rapidement vers la côte. Les Alliés sont pris au piège, encerclés par les forces allemandes et les plages de Dunkerque sont leur seule option pour échapper à l'ennemi et rejoindre l'Angleterre. Face à cette situation critique, l'opération Dynamo est mise en place pour évacuer les troupes alliées et éviter une défaite catastrophique.

[caption id="attachment_15175" align="aligncenter" width="1256"] Situation pendant la bataille de Dunkerque, à Dunkerque et environs, 4 juin 1940[/caption]

L'opération Dynamo: un sauvetage inespéré

[caption id="attachment_15169" align="aligncenter" width="800"] Destroyers remplis de troupes britanniques évacuées accostant à Douvres, le 31 mai 1940.© IWM H 1640[/caption]

Face à la menace allemande, l'amiral Gray met en place l'opération Dynamo pour évacuer les soldats britanniques et français encerclés. Une flotte hétéroclite de navires et de petits bateaux est mobilisée pour l'opération, comprenant des destroyers, des dragueurs de mines, des ferries, des chalutiers, des canots de sauvetage, des remorqueurs et même des yachts privés. Au total, 848 navires participent à l'évacuation, dont 300 Français. Ces "petits navires" joueront un rôle crucial en assurant les rotations et le transbordement des troupes entre les navires de haute mer et les plages dunkerquoises.

Les hommes clés de l'opération Dynamo

[caption id="attachment_15166" align="aligncenter" width="599"] Portrait de l'amiral Sir Bertram Home Ramsay, commandant en chef de la marine alliée, consultant une carte navale dans le château de Douvres. © IWM [/caption] Plusieurs personnalités jouent un rôle déterminant dans le succès de l'opération Dynamo.

Bertram Ramsay

C'est lui qui supervise l'ensemble de l'évacuation depuis son poste de commandement à Douvres. Sous sa direction, la Royal Navy et les navires civils mobilisés parviennent à évacuer un grand nombre de soldats malgré les défis logistiques et les attaques ennemies.

Le général Lord Gort

C'est le commandant en chef de l'expédition britannique. De ce fait il doit prendre des décisions souvent cruciales, pour assurer la sécurité des troupes en retraite. Parmi elles, Il décide notamment de mettre en place un périmètre défensif autour de Dunkerque pour ralentir l'avancée allemande et protéger les soldats évacués.

Le général Molinié

C'est le responsable de la 68e Division d'Infanterie, celle qui va protéger le périmètre défensif autour de Dunkerque afin de ralentir l'avancée allemande. Sous son commandement les troupes françaises résistent avec courage et acharnement aux forces allemandes. Cette division subit de lourdes pertes, mais ce sacrifice permet aux soldats alliés d'évacuer en plus grand nombre.

Winston Churchill

Le soutien politique et moral apporté à l'opération par le Premier ministre britannique, est essentiel dans la réussite de cette opération. Car malgré les critiques et les doutes, il maintient sa confiance en l'opération Dynamo et prononce des discours inspirants qui galvanisent la nation et les troupes engagées dans cette évacuation périlleuse.

Ces hommes clés, parmi d'autres, ont contribué à faire de l'opération Dynamo un succès retentissant malgré les défis et les obstacles rencontrés, sauvant ainsi un grand nombre de vies et permettant aux Alliés de continuer à se battre pour la liberté.

Les hésitations d'Hitler: un répit providentiel

[caption id="attachment_15165" align="aligncenter" width="592"] DUNKERQUE 26 - 29 MAI 1940 (HU 41240) Des soldats britanniques se dirigent vers un destroyer en attente au large de Dunkerque lors de l'opération Dynamo. © IWM.[/caption]

Les forces allemandes auraient pu anéantir l'armée britannique, mais Hitler hésite à donner l'ordre final. Il craint que ses forces ne soient trop isolées et vulnérables, et certains historiens estiment qu'il aurait cherché à négocier une paix séparée avec les Anglais en faisant preuve de bonne volonté. Ce répit inattendu permet aux Alliés de mieux organiser l'évacuation et d'échapper à une défaite totale.

Combats aériens durant la bataille de Dunkerque

[caption id="attachment_15174" align="aligncenter" width="776"] Un Lockheed Hudson du No. 220 Squadron RAF s'approche de Dunkerque en patrouille de reconnaissance lors de l'évacuation du corps expéditionnaire britannique du port en mai juin 1940 . Copyright: © IWM.[/caption]

Les combats aériens ont joué un rôle crucial durant la bataille de Dunkerque, tant pour les Alliés que pour les forces allemandes. La Royal Air Force (RAF) britannique et l'Armée de l'Air française ont dû affronter la redoutable Luftwaffe allemande dans le ciel au-dessus de la plage de Dunkerque et des eaux environnantes.

La mission principale des forces aériennes alliées était de protéger les troupes au sol et les navires d'évacuation contre les attaques aériennes allemandes. La RAF et l'Armée de l'Air ont ainsi déployé des chasseurs et des bombardiers pour contrer les assauts de la Luftwaffe, qui visait à détruire les navires et à empêcher l'évacuation des soldats alliés.

Les combats aériens ont été intenses et impitoyables. Les pilotes alliés ont dû faire face à un ennemi supérieur en nombre et en technologie, la Luftwaffe étant l'une des forces aériennes les plus puissantes de l'époque. Malgré cela, les aviateurs alliés ont réussi à infliger de lourdes pertes à la Luftwaffe : environ 156 avions allemands ont été abattus pendant l'opération Dynamo.

Les pilotes alliés ont également dû faire face aux défis posés par les conditions météorologiques, qui ont parfois compliqué les opérations aériennes. Néanmoins, leur courage et leur détermination ont été essentiels pour assurer la protection des troupes et des navires d'évacuation.

En dépit des pertes subies, les combats aériens lors de la bataille de Dunkerque ont également servi de préparation pour la RAF, qui allait affronter la Luftwaffe lors de la bataille d'Angleterre quelques mois plus tard. Les leçons tirées de Dunkerque ont contribué à renforcer la stratégie et la tactique des forces aériennes britanniques, qui ont finalement réussi à repousser l'invasion allemande prévue lors de l'opération Seelöwe.

La résistance française : un sacrifice héroïque

[caption id="attachment_15176" align="aligncenter" width="800"] Prisonniers français en 1940 dans le nord de la France[/caption]

"Je trouve en ces soldats la même fougue que ceux de Verdun en 1916. Nous ne perçons nulle part et subissons des pertes terrifiantes" - Georg von Küchler, un des chefs de la Wehrmacht à propos des divisions françaises qui résistent.

Les forces françaises jouent un rôle essentiel dans la réussite de l'évacuation. Au total ce sont près de 30000 soldats français qui vont tenter de ralentir l'avancée de 160000 soldats allemands. Parmi eux, ceux de la 68eme division d'infanterie du Général Molinié, qui résiste farouchement à l'avancée allemande, parfois en se battant à un contre dix. Côté français les pertes sont très lourdes, et des milliers de soldats sont faits prisonniers par les Allemands. Cependant grâce à leur courage, ils parviennent à retarder les forces allemandes, et permettant ainsi l'évacuation en masse des soldats britanniques. Sans leur résistance acharnée, l'armée britannique n'aurait pas pu poursuivre la guerre, ce qui aurait permis à Hitler de contraindre l'Angleterre à négocier la paix avec l'Allemagne. D'ailleurs Churchill écrira dans ses mémoires à propos des hommes de Molinié :

«Ces Français, sous le valeureux commandement du général Molinié, avaient durant quatre jours critiques contenu pas moins de sept divisions allemandes qui, autrement, auraient pu prendre part aux attaques sur le périmètre de Dunkerque. Ces troupes apportèrent ainsi une splendide contribution au salut de leurs camarades plus favorisés et du corps expéditionnaire britannique

Les conditions de survie : soldats et civils face à l'adversité

[caption id="attachment_15173" align="aligncenter" width="800"] Peinture représentant une vue de la plage pendant la bataille de Dunkerque, avec des lignes de soldats se préparant à l'évacuation et marchant à travers les vagues jusqu'aux petits bateaux attendant au large. Une nappe de fumée noire pend dans le ciel et des cratères de bombes effleurent le sable à gauche de la composition © IWM Art.IWM ART LD 2277[/caption]

Les conditions de survie à Dunkerque sont difficiles pour les soldats et les civils. Les bombardements allemands incessants sur les plages et les navires rendent l'évacuation extrêmement périlleuse. Les soldats doivent faire preuve d'une grande endurance et de résilience pour survivre aux attaques aériennes, aux pénuries de nourriture et d'eau, ainsi qu'aux conditions météorologiques difficiles.

Les populations civiles souffrent également des conséquences de la bataille. Les bombardements allemands touchent aussi les zones habitées, causant des destructions massives et des pertes de vies. Les civils sont forcés de fuir leurs foyers, cherchant refuge ailleurs et faisant face à des conditions de vie précaires. Leurs témoignages mettent en lumière l'impact dévastateur de la guerre sur les populations civiles.

Le bilan de l'opération Dynamo et la suite de la guerre

[caption id="attachment_15168" align="aligncenter" width="800"] Troupes françaises et britanniques à bord des navires accostant à Douvres, le 31 mai 1940. Copyright: © IWM.[/caption]

Malgré les défis et les pertes, l'opération Dynamo est un succès. En neuf jours, 338 226 soldats alliés sont évacués. Cependant, l'armée britannique laisse derrière elle d'importantes quantités de matériel, dont 70 000 tonnes de munitions, 150 000 tonnes de carburants, 85 000 véhicules, 2 500 canons et 380 000 tonnes d'approvisionnement.

Ceux qui ont été évacués de Dunkerque continueront à se battre aux côtés des forces françaises libres et contribueront à des victoires décisives, telles que la bataille d'El Alamein en 1942 et le débarquement en Normandie en 1944. Le succès de l'opération Dynamo est une preuve de la détermination et de la résilience des forces alliées face à l'adversité.

Les conséquences de la bataille de Dunkerque

[caption id="attachment_15171" align="aligncenter" width="800"] Dessin d'une vue du débarquement des troupes évacuées de Dunkerque. Une multitudes de navires, y compris de petits bateaux, sont amarrés dans le port de Douvres, qui est bondé de soldats. © IWM Art.IWM ART LD 251[/caption]

La bataille de Dunkerque a eu un impact significatif sur la suite de la Seconde Guerre mondiale. Malgré les pertes importantes en matériel, l'évacuation réussie de la majorité des troupes alliées a eu des conséquences stratégiques durables.

Premièrement, elle a permis de préserver un grand nombre de soldats britanniques et français qui, après leur rapatriement, ont pu continuer à combattre les forces de l'Axe. Cela a été particulièrement important pour la Grande-Bretagne, qui a réussi à maintenir une armée opérationnelle et à préparer la défense de son territoire en prévision de la bataille d'Angleterre. Les soldats français évacués ont, quant à eux, rejoint les Forces françaises libres et ont continué à lutter contre l'occupation allemande.

Deuxièmement, l'évacuation de Dunkerque a eu un impact psychologique et moral sur les populations alliées. Le "miracle de Dunkerque" a été perçu comme un symbole de résilience et de solidarité face à l'adversité, renforçant la détermination des Alliés à poursuivre la lutte contre l'Allemagne nazie.

Enfin, la bataille de Dunkerque a également influencé la stratégie allemande. Suite à l'échec de l'anéantissement complet des forces alliées à Dunkerque, Hitler s'est concentré sur d'autres objectifs, notamment la conquête des territoires à l'est et l'opération Barbarossa, l'invasion de l'Union soviétique. Cette décision a contribué à étirer les ressources allemandes et à ouvrir un deuxième front majeur, rendant la victoire finale des Alliés plus probable.

En somme, la bataille de Dunkerque a été un tournant de la Seconde Guerre mondiale. Bien que la situation ait été désastreuse pour les Alliés au départ, leur capacité à évacuer un grand nombre de troupes a eu des conséquences durables sur le déroulement du conflit et la détermination des nations alliées à combattre l'Axe.

L'héritage de la bataille de Dunkerque

La bataille de Dunkerque a laissé une empreinte durable dans l'histoire et la mémoire collective. Elle a été immortalisée dans des romans, des films et des documentaires, témoignant de l'héroïsme et du sacrifice des soldats et des civils. Cette bataille demeure un symbole de l'espoir et de la persévérance dans des moments sombres et incertains, et elle continue d'inspirer les générations futures face aux défis du monde contemporain.