La cité médiévale de Carcassonne, la plus grande forteresse d'Europe

La Cité Carcassonne Aude

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Découvrez la Cité médiévale de Carcassonne, magnifiquement restaurée au 19e siècle par Viollet-le-Duc, qui incarne l'exemple parfait de l'architecture défensive conçue par le roi Philippe Auguste au XIIIe siècle. Cette forteresse imposante, dotée d'un château comtal fortifié, d'une double enceinte, de 52 tours et de multiples éléments défensifs innovants, témoigne du pouvoir royal et de la volonté d'écraser toute rébellion lors des croisades.

La visite de Carcassonne vous offre un aperçu unique de l'histoire et des techniques architecturales qui ont inspiré la construction de nombreux autres châteaux, et permet de mieux comprendre la valeur universelle exceptionnelle du projet d'inscription de ces sites au patrimoine mondial de l'UNESCO.

La légendaire cité médiévale de Carcassonne

[caption id="attachment_15134" align="aligncenter" width="407"] Buste de la Dame Carcas devant la porte narbonnaise. Symbole de résistance, il est érigé au XVIe siècle par le consul de la ville.[/caption]

La légende de Dame Carcas

La légende de Dame Carcas remonte au XVIe siècle et raconte comment la cité de Carcassonne, alors aux mains des Arabo-berbères, résista à l'armée de Charlemagne grâce à l'ingéniosité de la reine Carcas.

Un roi défait, une reine déterminée

Le roi musulman Ballak, apprenant l'arrivée des troupes franques de Charlemagne, part à leur rencontre mais est vaincu. Son épouse, Dame Carcas, organise alors la défense de la cité.

La ruse des hommes de paille

Dame Carcas use d'une ruse en fabriquant des hommes de paille équipés d'arbalètes. Elle parcourt les murailles et tire des flèches sur les assiégeants, feignant que ces faux soldats sont à l'origine des tirs.

Un siège long et éprouvant

Le siège mené par les Francs dure depuis cinq ans. Les ressources s'amenuisent et la plupart des soldats de la cité sont morts. Dame Carcas décide alors d'inventorier les réserves restantes.

Un stratagème audacieux

La ville étant sarrasine, une partie de la population musulmane ne consomme pas de porc. Les villageois apportent à Dame Carcas un pourceau et un sac de blé. Elle fait engraisser le porc avec le blé puis le précipite depuis la plus haute tour de la cité.

La levée du siège

Charlemagne et ses hommes, croyant que la cité regorge encore de vivres, lèvent le siège. Dame Carcas, ravie de la victoire de son stratagème, fait sonner toutes les cloches de la ville.

Carcas sonne !

Un homme de Charlemagne s'écrie alors "Carcas sonne !", d'où le nom de la cité de Carcassonne.

La cité médiévale de Carcassonne, une histoire d'architecture

[caption id="attachment_15142" align="aligncenter" width="1920"] Panorama de la cité médiévale de Carcassonne. Photo Biache Benoit — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=35765456[/caption]

L'influence de l'art militaire

L'architecture de la cité médiévale de Carcassonne est fortement influencée par l'art militaire. Son système de défense, avec ses cinquante-deux tours et ses trois kilomètres de doubles remparts crénelés, fait de la cité la plus grande forteresse d'Europe.

Les enceintes et les tours

La construction des enceintes et des tours repose sur l'utilisation de grès ou de molasse de Carcassonne, extraits du plateau même ou des collines environnantes. Les deux enceintes, séparées par un espace plat appelé lices, offrent de nombreux avantages défensifs, permettant notamment d'attaquer les assaillants selon deux lignes de tir et de les ralentir.

Les constructions gallo-romaines

La première enceinte, érigée à l'époque gallo-romaine, permettait de dominer la vallée et le cours de l'Aude. Ses soubassements sont encore visibles depuis la lice. Cette enceinte, constituée de moellons réguliers et de rangées de briques, protégeait une ville de sept hectares. Dix-sept tours d'origine gallo-romaine subsistent encore aujourd'hui, avec une forme caractéristique en fer à cheval et des ouvertures cintrées pour les armes de jet des défenseurs. La hauteur de ces tours varie entre 11,65 et 13,70 mètres.

Les ouvrages de l'époque médiévale

Au XIIIe siècle, les rois de France ordonnèrent la construction d'une seconde enceinte extérieure autour de la Cité. Les tours sont rondes, souvent basses et dépourvues de toiture, afin de ne pas offrir d'abri aux assaillants. Les murailles atteignent une hauteur de 10 à 12 mètres. L'enceinte intérieure a été modernisée sous les règnes de Philippe III Le Hardi et Philippe IV Le Bel, avec la construction de l'entrée Narbonnaise, la Porte de Saint-Nazaire et la tour du Trésau. L'enceinte extérieure et les lices ont nécessité de décaisser le terrain naturellement pentu, mettant à nu une partie des soubassements extérieurs de l'enceinte gallo-romaine.

Le chemin de ronde, permettant de faire le tour de la Cité en traversant les tours, a été élargi au Moyen Âge grâce à un système de charpente en bois suspendu nommé hourd. Les tours médiévales conservent la forme extérieure caractéristique des tours romaines, mais avec des escaliers intérieurs en pierre. La base des tours est renflée, ou fruitée, pour que les projectiles ricochent sur la tour et se retournent contre les assaillants situés au pied de la muraille.

Les portes

La Cité compte quatre portes principales, réparties aux quatre points cardinaux. Ces portes permettent l'accès à l'intérieur de la cité médiévale et témoignent de l'évolution architecturale au fil des siècles. Elles reflètent l'adaptation des systèmes de défense face aux nouvelles menaces et aux innovations militaires.

L'architecture de la cité médiévale de Carcassonne illustre la richesse et la diversité des héritages historiques qui s'y entremêlent. Gallo-romaine, médiévale et moderne, la Cité témoigne de l'évolution des systèmes de défense et de l'art militaire à travers les siècles. Les remparts, les tours et les portes de Carcassonne constituent un patrimoine architectural exceptionnel, qui invite les visiteurs à voyager dans le temps et à découvrir l'histoire fascinante de cette forteresse emblématique d'Europe.

L'histoire Gallo-Romaine de la cité médiévale de Carcassonne

[caption id="attachment_15144" align="aligncenter" width="1620"] Remparts de la Cité de Carcassonne. Photo Jean-Christophe BENOIST — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=121591013[/caption]

Les premières pierres de la cité

L'histoire gallo-romaine de Carcassonne témoigne de l'évolution d'un carrefour commercial antique vers une cité prospère et fortifiée. Les vestiges archéologiques et les remparts encore visibles aujourd'hui offrent un aperçu fascinant de cette époque révolue.

Un carrefour commercial antique

Carcassonne, dès l'époque de l'oppidum fortifié Carcaso, était un important carrefour commercial, comme en témoignent les céramiques campaniennes et amphores retrouvées lors de fouilles archéologiques.

Les Volques Tectosages

Vers 300 av. J.-C., les Volques Tectosages s'établissent dans la région et fortifient l'oppidum de Carcasso. Pline l'Ancien évoque ce site sous le nom de Carcaso Volcarum Tectosage. Ils exploitent déjà la mine d'or de Salsigne pour leurs offrandes religieuses.

L'arrivée des Romains

En 122 av. J.-C., les Romains annexent la région et l'intègrent dans la colonie Narbonnaise créée en 118 av. J.-C. Sous la Pax Romana, la cité gallo-romaine de Carcaso prospère, en partie grâce au commerce du vin et à sa situation sur les voies de communication.

La ville gallo-romaine

Carcaso se développe le long de la voie romaine reliant Narbonne à Toulouse et près de l'Atax, où circulent des bateaux à fond plat. L'oppidum s'agrandit, adoptant un plan orthogonal, bien que l'on ne connaisse pas encore d'édifices publics ou religieux.

Les premiers remparts

À partir du IIIe siècle, la ville se protège derrière une première série de remparts. En 333 apr. J.-C., un pèlerin mentionne le castellum de Carcassonne. On peut encore observer ces remparts dans certaines parties de l'enceinte actuelle, servant de soubassements.

Témoignages de l'enceinte primitive

Les tours de la Marquière, de Samson et du Moulin d'Avar sont des vestiges en partie intacts de cette enceinte primitive. Cette muraille protégeait la cité des attaques extérieures et permettait de contrôler les passages sur la voie romaine située en contrebas.

Des Wisigoths aux Omeyades

La ville wisigothique

Au milieu du Ve siècle, les Wisigoths s'emparent du Languedoc, probablement suite à la victoire d'Athaulf lors de sa marche sur Toulouse. Entre 413 et 435, Carcassonne est occupée alternativement par les armées romaine et wisigothe, reflétant les alliances fluctuantes de l'époque. La cité bénéficie progressivement d'une relative paix politique jusqu'au règne d'Alaric II, comme le prouvent les nombreuses pièces de monnaie des monarques wisigoths de cette période.

En 507, les Francs chassent les Wisigoths d'Aquitaine, mais ces derniers conservent la Septimanie, dont fait partie Carcassonne. Les tentatives de Clovis en 508 et de Gontran en 585 pour s'emparer de la cité sont finalement infructueuses, les Wisigoths reprenant la ville peu après et conservant leur contrôle jusqu'en 725. Au VIe siècle, Carcassonne devient le siège d'un évêché et une cathédrale wisigothique, dont l'emplacement demeure inconnu, est construite.

La ville Omeyade

En 725, la Septimanie est envahie par les Arabo-musulmans et le wali Ambiza s'empare de Carcassonne. La cité demeure sous leur contrôle jusqu'en 759, lorsqu'elle est reprise par les Francs menés par Pépin le Bref.

La légende de Dame Carcas

C'est cet épisode historique qui inspire la légende de Dame Carcas, qui émerge au XVIe siècle. Selon cette légende, la noble Dame Carcas aurait défendu la cité contre les assauts des Francs, trompant leurs troupes en faisant croire que la ville avait encore suffisamment de vivres pour résister.

La cité médiévale de Carcassonne à l'époque féodale

[caption id="attachment_15145" align="aligncenter" width="955"] Les habitants de Carcassonne expulsés en 1209.[/caption]

Une ville en plein essor

L'histoire féodale de Carcassonne est marquée par l'expansion de la ville et de ses fortifications, avec la construction de la cathédrale dès 1096 et du château comtal au XIIe siècle.

La construction du château comtal

Le château comtal est constitué de deux corps de logis auxquels s'ajoute une chapelle en 1150, donnant un plan en U autour de la cour centrale. Vers 1240, un second étage est ajouté au château.

Les comtes de Carcassonne

Le premier comte, Bellon, est désigné par les Carolingiens, suivi d'Oliba II. Leur charge consiste à administrer la région pour le compte du royaume carolingien. Au IXe siècle, la Cité de Carcassonne apparaît régulièrement dans les textes officiels.

Les Trencavel prennent possession de la ville en 1082, profitant des problèmes de la Maison de Barcelone, propriétaire légitime, et l'annexent à un vaste ensemble allant de Carcassonne à Nîmes.

La saga des Trencavel

Bernard Aton IV Trencavel fait prospérer la ville et lance de nombreuses constructions. C'est également durant cette période que le catharisme s'implante dans le Languedoc. En 1096, il autorise la construction de la basilique Saint-Nazaire, dont les matériaux sont bénis par le pape Urbain II. En 1107, les Carcassonnais rejettent la suzeraineté de Bernard Aton et font appel au comte de Barcelone pour le chasser. Toutefois, avec l'aide de Bertrand de Tripoli, comte de Toulouse, Bernard Aton reprend le contrôle de la Cité. En 1120, une nouvelle révolte éclate, mais Bernard Aton rétablit l'ordre quelques années plus tard. En 1130, il ordonne la construction du château comtal et la réparation des remparts gallo-romains. La Cité de Carcassonne est alors entourée de sa première fortification complète.

La croisade des Albigeois

Le pape Innocent III, confronté à la montée du catharisme, lance la croisade des Albigeois en 1208. Le comte de Toulouse et le vicomte de Trencavel, principaux vassaux de la région, sont pris pour cible. Le 1er août 1209, Carcassonne est assiégée par les croisés. Raimond-Roger Trencavel se rend rapidement, le 15 août, en échange de la vie sauve de ses habitants. Les bourgs entourant la Cité sont détruits. Le vicomte meurt de dysenterie dans la prison de son château le 10 novembre 1209, bien que certaines sources évoquent un assassinat orchestré par Simon de Montfort.

La Cité, quartier général des croisés

Suite à ces événements, la Cité sert de quartier général aux troupes de la croisade. La ville se dote en 1192 d'un consulat, composé de notables et de bourgeois chargés de l'administrer, puis en 1229 d'une charte coutumière. À cette époque, la Cité est riche et sa population est comprise entre 3 000 et 4 000 personnes, incluant les habitants des deux bourgs qui se sont édifiés sous ses murailles : le bourg Saint-Vincent au Nord et le bourg Saint-Michel au Sud de la porte Narbonnaise.

Une période d'instabilité et de terreur

[caption id="attachment_15149" align="aligncenter" width="876"] Beaux-Arts de Carcassonne - La Délivrance des emmurés de Carcassonne 1879 - Jean Paul Laurens[/caption]

Des terres convoitées

Après la croisade des Albigeois, les terres de Carcassonne passent entre différentes mains, témoignant des luttes de pouvoir et des alliances qui ont marqué cette période. L'établissement de la sénéchaussée et l'installation de l'Inquisition sont les conséquences directes de ces événements.

Simon de Montfort et la première succession

Les terres de Carcassonne sont données à Simon de Montfort, chef de l'armée des croisés, après la chute de la Cité. Il meurt en 1218 lors du siège de Toulouse, et son fils, Amaury VI de Montfort, prend possession de la Cité.

L'intervention de Louis VIII et les luttes de pouvoir

Amaury VI de Montfort se révèle incapable de gérer la Cité et cède ses droits à Louis VIII de France. Cependant, Raymond VII de Toulouse et les comtes de Foix se liguent contre lui. En 1224, Raimond II Trencavel reprend possession de la Cité après la fuite d'Amaury.

La deuxième croisade et l'annexion au domaine royal

Louis VIII lance une deuxième croisade en 1226, obligeant Raimond Trencavel à fuir. La Cité de Carcassonne est alors annexée au domaine du roi de France et devient le siège d'une sénéchaussée, une institution chargée de l'administration et de la justice royale.

La période de terreur et la chasse aux Cathares

Une période de terreur s'installe à l'intérieur de la ville suite à l'annexion. La chasse aux Cathares entraîne la multiplication des bûchers et des dénonciations sauvages, mettant la population en état d'alerte et de suspicion constante.

L'installation de l'Inquisition

L'Inquisition s'installe dans la Cité de Carcassonne afin de traquer et d'éliminer les hérétiques, principalement les Cathares. La maison de l'Inquisition, témoin de cette sombre période, est encore visible aujourd'hui au sein de l'enceinte de la Cité.

Le renforcement des fortifications

[caption id="attachment_15143" align="aligncenter" width="1620"] La porte narbonnaise construite sous le règne de Philippe le Hardi. Photo Jean-Christophe BENOIST — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=121591461[/caption]

Louis IX et la menace aragonaise

Au XIIIe siècle, la région de Carcassonne est menacée par Raimond Trencavel, qui revendique ses terres, et le roi d'Aragon, Jacques Ier le Conquérant. Pour assurer la défense, Louis IX ordonne la construction d'une deuxième enceinte. Le château comtal est également renforcé pour protéger les représentants du roi.

Le siège de 1240 et l'annexion définitive

En 1240, Raimond Trencavel, aidé de seigneurs locaux et d'Olivier de Termes, spécialiste des sièges, tente de reprendre Carcassonne. Malgré la collaboration des habitants des bourgs environnants, la double enceinte joue son rôle défensif et la garnison menée par le sénéchal Guillaume des Ormes résiste. Raimond Trencavel est contraint de lever le siège face à l'arrivée des renforts de Louis IX. En 1247, il renonce à ses droits sur la Cité, qui est définitivement rattachée au royaume de France et gouvernée par des sénéchaux.

La Cité, élément clé du dispositif de défense

Le traité de Corbeil (1258) fixe la frontière entre la France et l'Aragon près de Carcassonne. La Cité devient alors un élément crucial dans le système défensif de la frontière, constituant une deuxième ligne de défense en arrière des châteaux de Peyrepertuse, Aguilar, Quéribus, Puilaurens et Termes, surnommés les « cinq fils de Carcassonne ». La Cité n'est plus attaquée et sa garnison est progressivement réduite.

Les travaux de fortification et la modernisation

Les travaux de fortification sont répartis en trois phases : après l'attaque de 1240, la première phase consiste à réparer les enceintes, aplanir les lices, ajouter des étages au château et construire la tour de la Justice. La deuxième phase, sous Philippe III le Hardi, inclut la construction de la porte Narbonnaise, de la tour du Trésau, de la porte Saint-Nazaire et de l'enceinte environnante, ainsi que la réparation de certaines tours gallo-romaines et de la barbacane du château comtal. Les bourgs de Saint-Vincent et de Saint-Michel sont rasés pour éviter des collaborations avec les assaillants. Enfin, la troisième phase sous Philippe le Bel modernise la place forte avec des techniques de défense plus récentes, des fossés, des douves et des tours adaptées aux nouvelles armes à poudre.

La Cité, témoin des conflits féodaux

Peu de conflits majeurs marquent l'histoire de la Cité, mais elle joue un rôle dans les tensions féodales. Ainsi, en 1272, le comte de Foix est enfermé dans la Cité par Philippe III. Durant les Guerres de religion (1560-1630), la Cité sert de dispositif militaire pour les catholiques et subit des attaques protestantes, toutes repoussées. La mort d'Henri III provoque des affrontements entre les partisans d'Henri IV et la Ligue catholique. La Cité, fidèle à la Ligue, résiste jusqu'en 1592, date à laquelle elle se rallie au roi.

Le passage du Prince Noir et la peste

En 1355, Édouard de Woodstock, le Prince Noir, préfère s'attaquer à la ville basse plutôt qu'à la Cité, trop puissamment défendue. Il détruit et pille la ville basse, épargnant la Cité. En 1557, la peste décime les habitants de Carcassonne et de la Cité.

La cité médiévale de Carcassonne à l'abandon

[caption id="attachment_15148" align="aligncenter" width="1256"] Photographies de la Cité médiévale de Carcassonne au milieu du XIXe siècle avant l'intervention de Viollet-le-Duc. Photo Gustave Le Gray — Gallica, Domaine public, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=25175156[/caption]

L'éclipse d'une cité historique

La Cité de Carcassonne, jadis florissante, a connu un lent déclin à partir du XVIIe siècle. Transferts d'institutions, perte de position stratégique et dégradation du quartier ont marqué cette période sombre de son histoire.

Le début de l'abandon : XVIIe siècle

En 1657, le présidial, juridiction en place à Carcassonne, est transféré de la Cité à la ville basse. Deux ans plus tard, la signature du Traité des Pyrénées rattache le Roussillon à la France, modifiant la frontière avec l'Espagne. La Cité perd alors sa position stratégique et est progressivement délaissée par les habitants aisés, laissant place à un quartier pauvre occupé par les tisserands.

Les lices, espaces entre les remparts, se voient envahies par des maisons d'ouvriers, souvent insalubres. Des greniers et caves s'installent dans les tours, accélérant la dégradation de la Cité.

La prospérité de la ville basse

La ville basse connaît un essor important grâce à l'industrie drapière, tandis que la Cité se détériore. Le principal centre religieux, la cathédrale Saint-Nazaire, demeure dans la Cité jusqu'à la Révolution. En 1790, le chapitre est aboli et les bâtiments épiscopaux et le cloître sont vendus puis détruits en 1795. Le siège épiscopal est transféré en 1801 à l'église Saint-Michel dans la ville basse.

Le déclin social et démographique

Sous l'Ancien Régime et la Révolution, la Cité est reléguée au rôle d'arsenal et d'entrepôt, puis rayée de la liste des places de guerre entre 1804 et 1820. Elle perd son autonomie municipale et devient un simple quartier de Carcassonne. Le château comtal est transformé en prison et l'armée envisage de céder la Cité aux démolisseurs et récupérateurs de pierres.

La Cité subit un déclin social et démographique. Entre 1819 et 1846, sa population diminue, alors que celle de la ville basse augmente. Ce déclin se poursuit au cours du XIXe siècle, avec une perte de 45 % de sa population entre 1846 et 1911, passant de 1 351 à 761 habitants.

La renaissance de la cité

La Cité en péril

La Cité médiévale de Carcassonne, avec ses ruelles étroites et ses remparts vétustes, était un quartier peu attrayant au XIXe siècle. Les murailles servaient de carrière, et les habitants délaissaient la Cité, qui se délabrait progressivement. La destruction totale de la Cité médiévale semblait inévitable.

Le sauvetage de la Cité

Jean-Pierre Cros-Mayrevieille, notable et historien, intervient pour sauver la Cité de la destruction. Dès 1835, il s'alarme du pillage des pierres de la barbacane. Il mène les premières fouilles dans la cathédrale et découvre la chapelle de l'évêque Radulphe. L'écrivain Prosper Mérimée, inspecteur général des monuments historiques, tombe sous le charme de ce monument en perdition.

L'intervention d'Eugène Viollet-le-Duc

L'architecte Eugène Viollet-le-Duc, déjà engagé dans la restauration de l'église Saint-Nazaire, est chargé d'étudier la restauration de la Cité. En 1840, la basilique Saint-Nazaire est placée sous la protection des monuments historiques, protection étendue à l'ensemble des remparts en 1862.

En 1853, Napoléon III approuve le projet de restauration. Le financement est assuré par l'État à 90 % et à 10 % par la ville et le conseil général de l'Aude.

Les travaux de restauration

En 1855, les travaux débutent par la partie ouest-sud-ouest de l'enceinte intérieure. En 1857, ils se poursuivent sur les tours de la porte Narbonnaise et l'entrée principale de la Cité. Les fortifications sont consolidées, et l'essentiel du travail se concentre sur la restauration des toitures, des tours, des créneaux et des hourds du château comtal. Les constructions le long des remparts sont expropriées et détruites. En 1864, Viollet-le-Duc obtient des crédits pour restaurer la porte de Saint-Nazaire et l'enceinte extérieure du front sud. En 1874, la tour du Trésau est restaurée.

La fin des travaux

Après la mort de Viollet-le-Duc en 1879, ses élèves Paul Boeswillwald et Henri Nodet poursuivent les travaux. En 1889, la restauration de l'enceinte intérieure s'achève, et les travaux sur le château comtal débutent. En 1902, les travaux d'envergure sont terminés, et les alentours de la Cité sont aménagés et dégagés. En 1911, les dernières maisons présentes dans les lices sont détruites, et les travaux de restauration sont considérés comme terminés en 1913.

Seulement 30 % de la Cité est restaurée durant cette période. Toutefois, l'engagement de Viollet-le-Duc, Cros-Mayrevieille, Mérimée et leurs successeurs a permis de préserver ce patrimoine historique inestimable.

La cité médiévale de Carcassonne du 20eme siècle à aujourd'hui

[caption id="attachment_15146" align="aligncenter" width="1920"] Cité médiévale de Carcassonne. Par Jondu11 — Travail personnel, CC BY-SA 4.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6699458[/caption]

Au cours du vingtième siècle, la Cité médiévale de Carcassonne a connu de nombreuses transformations et a été le témoin d'événements marquants de l'histoire. Dès 1903, la Cité passe sous la tutelle du ministère des beaux-arts, quittant celle du ministère de la guerre, et l'armée se retire définitivement en 1918. L'hôtel de la Cité, une construction néogothique, ouvre ses portes le 1er septembre 1909, suscitant à l'époque de vives protestations.

Au fil des années, les monuments historiques étendent leur protection à diverses parties de la Cité, y compris les terrains situés près des restes de la barbacane de l'Aude, les accès et la porte de l'Aude, ainsi que le Grand Puits. En 1942, des terrains supplémentaires autour de la Cité sont classés afin de préserver ses abords directs et d'éviter d'éventuelles constructions.

Durant la Seconde Guerre mondiale, en 1944, la Cité de Carcassonne est occupée par les troupes allemandes qui utilisent le château comtal comme dépôt de munitions et d'explosifs. Les habitants sont expulsés de la Cité, et Joë Bousquet, commandeur de la Légion d'honneur, s'indigne de cette occupation. Il demande par lettre au préfet la libération de la Cité, considérée comme une œuvre d'art à respecter et à laisser libre.

En 1961, un musée est installé dans le château comtal, marquant le début d'une nouvelle ère pour la Cité médiévale. La consécration vient en 1997, lorsque la Cité est classée au patrimoine mondial par l'UNESCO. Depuis lors, elle est devenue un site touristique majeur, attirant plus de 2 millions de visiteurs chaque année.

Ce classement permet à l'État de recevoir des subventions pour l'entretien du site, mais il implique également le respect de l'architecture des lieux lors de constructions ou de rénovations et l'ouverture de la Cité aux visiteurs. Les monuments historiques gèrent les visites et la gestion du château comtal. Ils ont récemment rénové le parcours de visites en 2006 et 2007, en ajoutant une salle de projection et une nouvelle signalétique.

La cité médiévale de Carcassonne aujourd'hui

En 2014, des travaux de mise en sécurité des remparts du circuit Ouest débutent, supervisés par un architecte en chef des monuments. Ces travaux sont réalisés par des compagnons tailleurs de pierre spécialisés dans la restauration du patrimoine architectural, témoignant de l'engagement à préserver et valoriser ce site historique exceptionnel.

Aujourd'hui, la Cité médiévale de Carcassonne est un véritable joyau du patrimoine mondial, offrant aux visiteurs un aperçu unique de l'histoire et de l'évolution des techniques défensives médiévales. Sa restauration et sa préservation témoignent de l'importance accordée à la sauvegarde de ce patrimoine historique et architectural pour les générations futures.

Un témoignage historique exceptionnel

[caption id="attachment_15147" align="aligncenter" width="1919"] Panorama de la ville fortifiée de Carcassonne et du Pont-Vieux traversant l'Aude.[/caption]

En somme, l'histoire de la Cité médiévale de Carcassonne est marquée par des événements majeurs et des transformations notables. De l'Antiquité jusqu'à son classement au patrimoine mondial de l'UNESCO, la Cité a toujours su s'adapter. La petite cité Gasconne est devenue au fil du temps, un site touristique incontournable. Véritable symbole de la préservation du patrimoine historique, ses charmes médiévaux et son histoire riche continuent d'attirer des visiteurs du monde entier.