
La fourche d’Eugène Christophe au col du Tourmalet (1913)
X6MG+QR Campan Hautes-Pyrénées
EN RÉSUMÉ
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Le 9 juillet 1913, dans les pentes du col du Tourmalet, un incident mécanique transforme une étape du Tour de France en légende. La fourche brisée d’Eugène Christophe et sa réparation solitaire à la forge incarnent à jamais l’esprit héroïque du cyclisme des origines.
En 1913, le Tour de France 1913 est une épreuve extrême : quinze étapes interminables, des routes souvent en terre, aucun dérailleur et un règlement impitoyable interdisant toute assistance. Le Tourmalet, déjà redouté, est l’un des juges de paix de l’étape Bayonne–Luchon. Parmi les favoris figure Eugène Christophe, coureur puissant et respecté, engagé dans une course où la résistance morale compte autant que la force physique.
Eugène Christophe en septembre 1913.
Dans la descente du col, Christophe heurte une pierre : sa fourche se brise net. Le verdict est immédiat : impossible de continuer, et pourtant interdit d’être aidé. Le coureur charge alors son vélo sur l’épaule et marche près de dix kilomètres jusqu’à Sainte-Marie-de-Campan. Là, dans une forge, sous l’œil d’un commissaire, il refabrique lui-même la pièce défectueuse. Un enfant actionne un instant le soufflet : l’infraction lui vaut trois minutes de pénalité. L’image du cycliste martelant le fer devient l’une des scènes fondatrices de l’histoire du Tour.
Christophe repart, épuisé, avec un retard irréversible. Il perd toute chance de victoire finale, remportée cette année-là par Philippe Thys. Mais l’épisode dépasse le résultat sportif. La fourche brisée du Tourmalet symbolise une époque où le Tour de France est pensé comme une épreuve de solitude, d’endurance et de courage. Plus d’un siècle plus tard, ce geste continue d’incarner l’âme héroïque du cyclisme.
Crédit photo de couverture / Source : Tour de France 1922, Christophe en bas d'Aubisque / wikipedia