
Le gibet de Montfaucon, six siècles de justice par la peur
12 Rue Boy-Zelensky Paris
EN RÉSUMÉ
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Pendant près de six siècles, le gibet de Montfaucon incarne la justice la plus implacable des rois de France. Dressé hors des murs de Paris, sur une butte bien visible des voyageurs, ce monument de pierre n’est pas seulement un lieu d’exécution : il est pensé comme un avertissement permanent, inscrit dans le paysage et dans les esprits. Aujourd’hui disparu, Montfaucon reste l’un des symboles les plus puissants de la peine capitale à l’époque médiévale et moderne.
Au début du XIᵉ siècle, la haute justice du comté de Paris installe à Montfaucon de simples fourches patibulaires en bois. En 1303, sous le règne de Philippe le Bel, le lieu change d’échelle : le gibet devient un monument de pierre aux dimensions exceptionnelles. La base rectangulaire, creusée d’un charnier, supporte bientôt un édifice visible de loin. En 1416, après les troubles parisiens de la guerre de Cent Ans, l’ensemble est refondu en un spectaculaire portique à seize piliers, un par quartier de Paris, affirmant l’autorité du pouvoir royal sur la ville.
Reconstitution du Gibet de Montfaucon par Eugène Viollet-le-Duc.
À Montfaucon, l’exécution n’est qu’une partie du châtiment. Le condamné est pendu à plusieurs mètres au-dessus du sol, puis laissé exposé. À partir de 1466, les cordes sont remplacées par des chaînes, permettant aux corps de rester suspendus jusqu’à leur décomposition complète. Cette exposition prolongée vise l’infamie autant que la mort : privation de sépulture chrétienne, atteinte à l’âme, humiliation publique. Des figures majeures y sont exposées, comme Enguerrand de Marigny en 1315 ou le corps de Gaspard de Coligny en 1572, pendu par les pieds après la Saint-Barthélemy.
Dès le début du XVIIᵉ siècle, les exécutions se raréfient. Montfaucon est peu à peu abandonné, avant d’être démoli en 1760. Le site est ensuite absorbé par l’urbanisation parisienne. Il ne subsiste aujourd’hui aucune trace visible du gibet, seulement des plaques commémoratives et une mémoire persistante dans la littérature et l’histoire. Lieu de mort devenu lieu absent, Montfaucon rappelle combien la justice d’Ancien Régime s’exerçait aussi par la peur et la mise en scène.
Crédit photo de couverture / Source : Illustration réalisée par intelligence artificielle à partir d’une gravure historique, proposée comme reconstitution visuelle du lieu.