
Le pont de la Roque, un morceau de la mémoire de la Sienne
2 Rue du Mesnil Orval sur Sienne
EN RÉSUMÉ
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À Orval-sur-Sienne, dans la vallée calme de la Sienne, les arches disjointes du pont de la Roque racontent une histoire interrompue. Ouvrage civil du XIXᵉ siècle devenu vestige de guerre, ce pont porte encore dans sa pierre les traces d’un paysage bouleversé par le conflit de 1944.
Construit en 1852, le pont de la Roque s’inscrit dans la longue histoire des passages sur la Sienne, déjà attestés au XVIIIᵉ siècle sur la carte de Cassini. Édifié en maçonnerie de pierre, il se compose alors de onze arches régulières, adaptées aux crues d’un fleuve côtier capricieux. Situé sur l’axe reliant Coutances à Montmartin-sur-Mer, l’ouvrage structure les circulations locales et s’intègre pleinement au paysage bocager d’Orval-sur-Sienne, où routes, rivières et prairies dessinent un territoire de passage.
Au printemps 1944, le pont change brutalement de fonction. Dans le contexte de la bataille de Normandie, il devient un objectif stratégique secondaire : non pour sa monumentalité, mais pour ce qu’il permet de franchir. Entre avril et juin 1944, l’aviation alliée bombarde à plusieurs reprises l’ouvrage afin de ralentir les mouvements allemands à l’arrière du front. Trois arches s’effondrent. Le tablier se rompt. Le pont est rendu inutilisable. À sa place, une passerelle flottante, puis un pont métallique de type Bailey, assurent provisoirement le franchissement.
Après-guerre, un nouveau pont est construit en amont, mis en service entre 1967 et 1971. L’ancien n’est ni restauré ni effacé. Huit arches subsistent, alignées au ras de l’eau, ouvertes sur le ciel. Sans stèle ni signalétique, le site conserve une mémoire silencieuse, inscrite dans la pierre et le paysage. Le pont de la Roque n’est plus un axe de circulation ; il est devenu un lieu de trace, où l’histoire de la guerre affleure encore, discrètement, au fil de la Sienne.
Crédit photo de couverture / Source : wikipedia