
Prison royale de Tinchebray, juger et enfermer au cœur de la cité
4 Rue de la Prison Tinchebray-Bocage
EN RÉSUMÉ
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Construite entre 1611 et 1625, la prison royale de Tinchebray forme, avec sa halle et son tribunal, un ensemble judiciaire unique en Normandie. Implantée au centre de la ville, elle incarne une justice de proximité où l’on juge, proclame les sentences et enferme les prisonniers sans jamais quitter le bâtiment.
Si ce lieu est établi à Tinchebray, ce n’est pas un hasard. La ville accueille un bailliage secondaire, dépendant de Mortain, créé afin d’éviter aux justiciables et aux officiers de justice les déplacements judiciaires risqués à travers la forêt de la Lande Pourrie, réputée difficile et peu sûre. Cette juridiction couvre alors dix-sept à dix-huit paroisses, réparties entre les bailliages de Vire, Falaise et Caen, faisant de Tinchebray un centre judiciaire de proximité, pensé pour rendre la justice rapidement et efficacement.
Les justiciables enfermés à la prison royale de Tinchebray sont des hommes et des femmes du territoire environnant : prévenus en attente de jugement, auteurs de délits mineurs, parfois débiteurs. La justice y est rendue par un lieutenant particulier civil et criminel, assisté d’un assesseur, d’un procureur du Roi et d’un commissaire aux saisies. Le bâtiment rectangulaire associe une halle, dite « cohue », où l’on réunit la population et où l’on crie publiquement les sentences, et, à l’étage, un auditoire servant de salle de tribunal. Pour les prévenus condamnés à la prison, nul besoin de sortir : l’auditoire dispose d’un accès direct au couloir desservant les geôles. Afin d’éviter tout déplacement inutile à l’intérieur, chaque cellule est équipée d’une latrine.
Le lieu est marqué par un épisode spectaculaire durant la chouannerie normande. L’abbé Dulaurant et plusieurs chouans y sont incarcérés, en attente d’une exécution prochaine. Une nuit de 1794, le chef chouan Michelot Moulin, accompagné de soixante-quinze hommes, pénètre dans Tinchebray tenue par les républicains. Par ruse, des hommes déguisés se présentent au geôlier, qui leur ouvre la porte. Tous les prisonniers sont libérés, à l’exception d’un voleur, avant une retraite silencieuse dans l’obscurité. Cette évasion est encore transmise aujourd’hui lorsque l’on visite la prison royale de Tinchebray-Bocage : le visiteur peut parcourir l’auditoire, les cellules conservées dans leur état d’origine, observer les graffitis de la fin du XVIIIᵉ siècle, découvrir la chapelle, la basse fosse et le logis du geôlier, autant de traces concrètes d’une justice d’Ancien Régime inscrite dans la pierre.
Crédit photo de couverture / Source : wikipedia