La côte des Deux-Amants : une légende gravée dans la pierre

Côté des Deux Amants Romilly-sur-Andelle Eure

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EN RÉSUMÉ

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À Romilly-sur-Andelle, la côte des Deux-Amants domine la vallée de l’Andelle jusqu’à sa confluence avec la Seine. Classé depuis le 29 janvier 1932, ce coteau calcaire ne doit pourtant pas sa renommée à son seul panorama : une légende médiévale y raconte l’épreuve insensée imposée à deux jeunes amants, dont l’amour s’acheva au sommet de la roche.

Vue côte des Deux-Amants 2

Vue sur la Côte des Deux-Amants depuis la RD 20

Au pied de la côte, là où la Seine et l’Andelle se rejoignent, s’élevait jadis, selon les récits anciens, le château d’un seigneur redouté. Sa fille, d’une beauté remarquable, aimait un chevalier du voisinage. Le père, refusant cette union, posa une condition d’une cruauté spectaculaire : le jeune homme devrait gravir la pente abrupte sans s’arrêter, portant sa bien-aimée sur ses épaules, du bas du coteau jusqu’à la plate-forme sommitale où l’attendaient les juges.

Légendes et contes de Normandie - 1

Le chevalier accepte. Il s’élance sur le sentier pierreux qui monte vers le ciel. Rien ne semble fléchir son courage ; les premiers ressauts sont franchis, le pas demeure ferme. Mais l’effort est surhumain. Presque arrivé, il chancelle, s’effondre. La jeune fille tente de le relever : il est déjà mort d’épuisement. Dans un geste désespéré, elle l’étreint et se précipite avec lui du haut de la falaise. Accablé, le père aurait fait édifier sur le plateau une chapelle funéraire, devenue plus tard le prieuré des Deux-Amants, dont le souvenir traverse encore les siècles.

CôteAmantsPanoramic

Vue panoramique depuis le sommet de la côte des deux-amants 

Au XIIe siècle, la poétesse Marie de France reprend cette histoire dans son lai Les Deus Amanz. Elle en nuance la violence : le père, devenu souverain des Pistréiens, impose l’épreuve moins par barbarie que par crainte de perdre sa fille unique. L’amante, chez elle, tente de sauver son bien-aimé grâce à un électuaire venu de Salerne, censé dissiper toute fatigue. Le chevalier refuse ce secours, voulant devoir sa victoire à sa seule force. Trop tard, la potion versée sur ses lèvres ne peut plus le ranimer. La tradition ajoute que le breuvage répandu aurait donné aux herbes du coteau des vertus médicinales, comme si la nature elle-même avait gardé mémoire de leur amour.

Aujourd’hui, randonneurs et visiteurs gravissent la côte pour son panorama exceptionnel et ses falaises crayeuses. Mais derrière la lumière des pelouses calcaires et le vol des parapentes, le paysage conserve la gravité du récit. La côte des Deux-Amants demeure ce promontoire où l’amour se mesure à l’effort, et où le vent semble encore porter l’écho d’un pas qui chancelle.


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